‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 175 sur 409 · FÉLIX, PAULINE, STRATONICE · texte numérisé non relu

FÉLIX, PAULINE, STRATONICE

FÉLIX

Une telle insolence avoir osé paraître !

En public, à ma vue! 11 en mourra, le traître l

PAULINE

Souffrez que votre fille embrasse vos genoux.

FÉLIX

Je parle de Néarque, et non de votre époux. Quelque indigne qu'il soit de ce doux nom de gendre, Mon âme lui conserve un sentiment plus tendre; La grandeur de son crime et de mon déplaisir N'a pas éteint l'amour qui me l'a fait choisir.

PAULINE

Je n'attendais pas moins de la bonté d'un père.

Je pouvais l'immoler à ma juste colère : Car vous n'ignorez pas à quel comble d'horreur De son audace impie a monté la fureur; Vous l'avez pu savoir du moins de Stratonice.

PAULINE

Je sais que de Néarque il doit voir le supplice.

FÉLIX

Du conseil qu'il doit prendre il sera mieux instruit Quand il verra punir celui qui l'a séduit.

Au spectacle sanglant d'un ami qu'il faut suivre, La crainte de mourir et le désir de vivre Ressaisissent une âme avec tant de pouvoir,

214 POLYEUGTE.

Que qui voit le trépas cesse de le vouloir. L'exemple touche plus que ne fait la menace : Cette indiscrète ardeur tourne bientôt en glace, Et nous verrons bientôt son cœur inquiété Me demander pardon de tant d'impiété.

PAULINE

Vous pouvez espérer qu'il change de courage?

FÉLIX

Aux dépens de Néarque il doit se rendre sage.

PAULINE

Il le doit; mais, hélas! où me renvoyez- vous? Et quels tristes hasards ne court point mon époux. Si de son inconstance il faut qu'enfin j'espère Le bien que j'espérais de la bonté d'un père!

FÉLIX

Je vous en fais trop voir, Pauline, à consentir Qu'il évite la mort par un prompt repentir. Je devais même peine à des crimes semblables; Et, mettant différence entre ces deux coupables, J'ai trahi la justice à l'amour paternel; Je me suis fait pour lui moi-même criminel; Et j'attendais de vous, au milieu de vos craintes, Plus de remercîments que je n'enlends de plaintes.

PAULINE

De quoi remercier qui ne me donne rien? Je sais quelle est l'humeur et l'esprit d'un chrétien. Dans l'obstination jusqu'au bout il demeure : Vouloir son repentir, c'est ordonner qu'il meure.

FÉLIX

Sa grâce est en sa main, c'est à lui d'y rêver.

PAULINE

Faites-la tout entière.

FÉLIX

11 la peut achever.

PAULINE

Ne l'abandonnez pas aux fureurs de sa secte.

FÉLIX

Je l'abandonne aux lois qu'il faut que je respecte.

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