‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 176 sur 409 · ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III

PAULINE

Est-ce ainsi que d'un gendre un beau-père est l'appui?

FÉLIX

Qu'il fasse autant pour soi comme je fais pour lui.

Mais il est aveuglé.

FÉLIX

Mais il se plaît à l'être.

Qui chérit son erreur ne la veut pas connaître.

PAULINE

Mon père, au nom des dieux

FÉLIX

Ne les réclamez pas.

Ces dieux dont l'intérêt demande son trépas.

PAULINE

Ils écoutent nos vœux.

FÉLIX

Eh bien, qu'il leur en fasse.

PAULINE

Au nom de l'empereur dont vous tenez la place...

FÉLIX

J'ai son pouvoir en main ; mais, s'il me l'a commis. C'est pour le déployer contre ses ennemis.

PAULINE

Polyeucte l'est-il?

FÉLIX

Tous chrétiens sont rebelles.

N'écoutez point pour lui ces maximes cruelles; En épousant Pauline il s'est fait votre sang.

FÉLIX

Je regarde sa faute, et ne vois plus son rang. Quand le crime d'État se mêle au sacrilège, Le sang ni l'amitié n'ont plus de privilège.

PAULINE

Quel excès de rigueur!

FÉLIX

Moindre que son forfait.

216 PÛLYEUCTE.

PAULINE

0 de mon songe affreux trop véritable effet ! Voyez-vous qu'avec lui vous perciez votre fille?

FÉLIX

Les dieux et l'empereur sont plus que ma famille.

PADLINE.

La perte de tous deux ne vous peut arrêter!

FÉLIX

J'ai les dieux et Décie ensemble à redouter. Mais nous n'avons encore à craindre rien de triste Dans son aveuglement pensez-vous qu'il persiste? S'il nous semblait tantôt courir à son malheur, C'est d'un nouveau chrétien la première chaleur.

PAULINE

Si vous l'aimez encor, quittez cette espérance Que deux fois en un jour il change de croyance : Outre que les chrétiens ont plus de dureté, Vous attendez de lui trop de légèreté.

Ce n'est point une erreur avec le lait sucée, Que sans l'examiner son âme ait embrassée; Polyeucte est chrétien parce qu'il l'a voulu, Et vous portait au temple un esprit résolu. Vous devez présumer de lui comme du reste : Le trépas n'est pour eux ni honteux ni funeste; Ils cherchent de la gloire â mépriser nos dieux : Aveugles pour la terre, ils aspirent aux cieux ; Et, croyant que la mort leur en ouvre la porte, Tourmentés, déchirés, assassinés, n'importe, Les supplices leur sont ce qu'à nous les plaisirs, Et les mènent au but où tendent leurs désirs; La mort la plus infâme, ils l'appellent martyre.

FÉLIX

Eh bien donc, Polyeucte aura ce qu'il désire : N'en parlons plus.

^ PAULINE

Mon père...

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