‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 194 sur 409 · ACTE V, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II

ALBIN

Votre ordre est rigoureux.

Il faut que je le suive, Si je veux empêcher qu'un désordre n'arrive. Je vois le peuple ému pour prendre son parti ; Et toi-même tantôt tu m'en as averti : Dans ce zèle pour lui qu'il fait déjà paraître, Je ne sais si longtemps j'en pourrais être maître; ^ Peut-être dès demain, dès la nuit, dès ce soir, J'en verrais des effets que je ne veux pas voir; Et Sévère aussitôt, courant à sa vengeance, M'irait calomnier de quelque intelligence. Il faut rompre ce coup, qui me serait fatal.

ALBIN

Que tant de prévoyance est un étrange mal I Tout vous nuit, tout vous perd, tout vous fait de l'ombrage Mais voyez que sa mort mettra ce peuple en rage; Que c'est mal le guérir que le désespérer.

FÉLIX

En vain après sa mort il voudra murmurer; Et, s'il ose venir à quelque violence, C'est à faire à céder deux jours à l'insolence : J'aurai fait mon devoir, quoi qu'il puisse arriver. Mais Polyeucte vient, tâchons à le sauver. Soldats, retirez-vous et gardez bien la porte.

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