‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 234 sur 409 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Votre bras dans Pharsale a fait de plus grands coups, Et je ne les demande à d'autres dieux qu'à vous.

CÉSA15.

Tout miracle est facile où mon amour s'applique.

Je n'ai plus qu'à courir les côtes de l'Afrique,

Qu'à montrer mon drapeau au reste épouvanté

Du parti malheureux qui m'a persécuté;

ïïome, n'ayant plus lors d'ennemis à me faire.

Par impuissance enfin prendra soin de me plaire;

Et vos yeux la verront, par un superbe accueil,

Immoler à vos pieds sa haine et son orgueil.

Encore une défaite, et dans Alexandrie

Je veux que celte ingrate en ma faveur vous prie;

Et qu'un juste respect, conduisant ses regards,

A votre chaste amour demande des Césars.

C'est l'unique bonheur où mes désirs prétendent;

C'est le fruit que j'attends des lauriers qui m'attendent.

Heureux, si mon destin, encore un peu plus doux,

Me les faisait cueillir sans m'éloigner de vous!

Mais, las! contre mon feu mon feu me sollicite.

Si je veux être à vous, il faut que je vous quitte.

En quelques lieux qu'on fuie, il me faut y courir

Pour achever de vaincre et de vous conquérir.

Permettez cependant qu'à ces douces amorces

Je prenne un nouveau cœur et de nouvelles forces,

Pour faire dire encore, aux peuples pleins d'effroi,

Que venir, voir, et vaincre, est même chose en moi.

CLÉOPATRE

C'est trop, c'esttrop, seigneur, souffrez que j'en abuse: Votre amour fait ma fautC; il fera mon excuse.

Vous me rendez le sceptre, et peut-être le jour; Mais, si j'ose abuser de cet excès d'amour. Je vous conjure encor, par ces plus puissants charmes. Par ce juste bonheur qui suit toujours vos armes. Par tout ce que j'espère et que vous attendez, De n'ensanglanter pas ce que vous me rendez. Faites grâce, seigneur, ou souffrez que j'en fasse, Et montre à tous par là que j'ai repris ma place. Achillas et Photin sont gens à dédaigner;

Ils sont assez punis en me voyant régner : Et leur crime...

CÉSAR

Ah ! prenez d'autres marques de reine : Dessus mes volontés vous êtes souveraine ; Mais, si mes sentiments peuvent être écoutés, Choisissez des sujets dignes de vos bontés. Ne vous donnez sur moi qu'un pouvoir légitime, Et ne me rendez point complice de leur crime. C'est beaucoup que pour vous j'ose épargner le roi, Et si mes feux n'étaient...

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