SCÈNE PREMIÈRE
CORNELIE, tenant une petite urne en sa main; PHILIPPE.
CORNÉLIE
Mes yeux, puis-je vous croire, et n'est-ce point un songe ' Qui sur mes tristes vœux a formé ce mensonge? ' Te revois-je, Philippe, et cet époux si cher A-t-il reçu de toi les honneurs du bûcher? (Cette urne que je tiens contient-elle sa cendre? ^ 0 vous, à ma douleur objet terrible et tendre, 'Eternel entretien de haine et de pitié, Reste du grand Pompée, écoutez sa moitié. N'attendez point de moi de regrets ni de larmes; Un grand cœur à ses maux applique d'autres charmes. Les laibles déplaisirs s'amusent à parler, Et quiconque se plaint cherche à se consoler. 'Moi, je jure des dieux la puissance suprême,
Et, pour dire encor plus, je jure par vous-même; Car vous pouvez bien plus sur un cœur affligé Que le respect des dieux qui Font mal protégé : Je jure donc par vous, ô pitoyable reste, Ma divinité seule après ce coup funeste, Par vous, qui seul ici pouvez me soulager, De n'éteindre jamais l'ardeur de le venger. Ptolomée à César, par un lâche artifice, Rome, de ton Pompée a fait un sacrifice; Et je n'entrerai point dans tes murs désolés. Que le prêtre et le dieu ne lui soient immolés Faites-m'en souvenir et soutenez ma haine, 0 cendres, mon espoir aussi bien que ma peine. Et, pour m'aider un jour à perdre son vainqueur. Versez dans tous les cœurs ce que ressent mon cœur.
Toi qui Tas honoré sur cette infâme rive D'une flamme pieuse autant comm.e chétive, Dis-moi, quel bon démon a mis en ton pouvoir De rendre à ce héros ce funèbre devoir ?