‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 240 sur 409 · PHILIPPE · texte numérisé non relu

PHILIPPE

Tout couvert de son sang, et plus mort que lui-même.

Après avoir cent fois maudit le diadème.

Madame, j'ai porté mes pas et mes sanglots

Du côté que le vent poussait encor les flots.

Je cours longtemps en vain; mais enfin dune roche

J'en découvre le tronc vers un sable assez proche,

Où la vague en courroux semblait prendre plaisir

A feindre de le rendre, et puis s'en ressaisir.

Je m'y jette, et l'embrasse, et le pousse au rivage;

Et, ramassant sous lui le débris d'un naufrage.

Je lui dresse un bûcher à la hâte et sans art,

Tel que je pus sur l'heure, et qu'il plut au hasard.

A peine brûlait-il, que le ciel plus propice

M'envoie un compagnon en ce pieux office :

Cordus, un vieux Romain qui demeure en ces lieux,

Retournant de la ville, y détourne les yeux;

Et, n'y voyant qu'un tronc dont la tête est coupée,

A cette triste marque, il reconnaît Pompée.

Soudain, la larme à l'œil : a 0 toi, qui que tu sois.

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