‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 270 sur 409 · ACTE II, SCËÎSE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCËÎSE V

Sait prendre un temps si juste en son reste d'effroi, Qu'elle pousse la porte et s'enferme avec moi. Soudain nous entassons, pour défenses nouvelles, Bancs, tables, coffres, lits, et jusqu'aux escabelles, Nous nous barricadons, et, dans ce premier feu, Nous croyons gagner tout à différer un peu. Mais, comme à ce rempart l'un et l'autre travaille, D'une chambre voisine on perce la muraille : Alors, me voyant pris, il fallut composer.

(ici Clai'ice les voit de sa fenêlre; et Lucrèce, avec

Isabelle, les voit aussi de la sienne.)

GÉRONTE

C'est-à-dire en français qu'il fallut l'épouser?

DORANTE

Les siens m'avaient trouvé de nuit seul avec elle, Ils étaient les plus forts, elle me semblait belle. Le scandale était grand, son honneur se perdait : A ne le faire pas ma tête en répondait; Ses grands efforts pour moi, son péril et ses larmes, A mon cœur amoureux étaient de nouveaux charmes : Donc, pour sauver ma vie ainsi que son honneur. Et me mettre avec elle au comble du bonheur, Je changeai d'un seul mot la tempête en bonace, Et fis ce que tout autre aurait fait en ma place. Choisissez maintenant de me voir ou mourir, Ou posséder un bien qu'on ne peut trop chérir.

GÉRONTE

Non, non, je ne suis pas si mauvais que tu penses Et trouve en ton malheur de telles circonstances, Que mon amour t'excuse ; et mon esprit touché Te blâme seulement de l'avoir trop caché.

DORÀKTE.

Le peu de bien qu'elle a me faisait vous le taire.

GÉRONTE

Je prends peu garde au bien, afin d'être bon père. Elle est belle, elle est sage, elle sort de bon lieu, Tu l'aimes, elle t'aime ; il me suffit. Adieu : Je vais me dégager du père de Clarice.

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