‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 275 sur 409 · ACTE III, SCÈNE I. 5â · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I. 5â

Moins je découvre en moi ce qui vous peut déplaire.

ALCIPPE

Eh bien, puisqu'il vous faut parler plus clairement, Depuis plus de deux ans j'aime secrètement; Mon affaire est d'accord, et la chose vaut faite; Mais pour quelques raisons nous la tenons secrète. Cependant à l'objet qui me tient sous sa loi, Et qui sans me trahir ne peut être qu'à moi, Vous avez donné bal, collation, musique; Et vous n'ignorez pas combien cela me pique, Puisque, pour me jouer un si sensible tour, Vous m'avez à dessein caché votre retour. Et n'avez aujourd'hui quitté votre embuscade Qu'afin de m'en conter l'histoire par bravade. Ce procédé m'étonne, et j'ai lieu de penser Que vous n'avez rien fait qu'afm de m'offenser.

DORANTE

Si vous pouviez encor douter de mon courage. Je ne vous guérirais ni d'erreur ni d'ombrage Et nous nous reverrions si nous étions rivaux; Mais, comme vous savez tous deux ce que je vaux, Écoutez en deux mots l'histoire démêlée :

Celle que cette nuit sur l'eau j'ai régalée N'a pu vous donner lieu de devenir jaloux. Car elle est mariée et ne peut être à vous; Depuis peu pour affaire elle est ici venue, Et je ne pense pas qu'elle vous soit connue.

ALCIPPE

Je suis ravi, Dorante, en cette occasion, De voir sitôt finir notre division.

DORANTE

Alcippe, une autre fois donnez moins de croyance Aux premiers mouvements de votre défiance; Jusqu'à mieux savoir tout sachez vous retenir Et ne commencez plus par où l'on doit finir. Adieu; je suis à vous.

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