‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 31 sur 409 · ACTE m, SCEiNE VI · texte numérisé non relu

ACTE m, SCEiNE VI

Je nage dans la joie, et je tremble de crainte. J'ai vu mort Tennemi qui m'avait outragé, ^ Et je ne saurais voir la main qui m'a vengé. En vain je m'y travaille, et d'un soin inutile, Tout cassé que je suis, je cours toute la ville : Ce peu que mes vieux ans m'ont laissé de vigueur Se consume sans fruit à chercher ce vainqueur. A toute heure, en tous lieux, dans une nuit si sombre, Je pense l'embrasser et n'embrasse qu'une ombre ; Et mon amour, déçu par cet objet trompeur. Se forme des soupçons qui redoublent ma peur. Je ne découvre point de marques de sa fuite ; Je crains du comte mort les amis et la suite ; Leur nombre m'épouvante et confond ma raison. Rodrigue ne vit plus, ou respire en prison. Justes cieux! me trompé-je encore â l'apparence, Ou si je vois enfin mon unique espérance! C'est lui, n'en doutons plus; mes vœux sont exaucés, Ma crainte est dissipée, et mes ennuis cessés.

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