‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 32 sur 409 · D.' DIÈGUE, D. RODRIGUE · texte numérisé non relu

D.' DIÈGUE, D. RODRIGUE

D. DIÈGDE.

Rodrigue, enfin le ciel permet que je te voie!

D. RODRIGUE

Hélas î

D. DIÈGUE

Ne mêle point de soupirs à ma joie ; Laisse-moi prendre haleine afin deteloue^n Ma valeur n'a point lieu de te désavouer; Tu l'as bien imitée, et ton illustre audace Fait bien revivre en toi les héros de ma race : C'est d'eux que tu descends, c'est de moi que tu viens; Ton premier coup d'épée égale tous les miens; Et d'une belle ardeur ta jeunesse animée Par cette grande épreuve atteint ma renommée. Appui de ma vieillesse et comble de mon heur,

40 LE CTD.

Touche ces cheveux blancs à qui tu rends l'honneur,

ViensJbaiser cette joue et reconnais la place

Où fut empreint Taffront que ton courage efface.

D. r.ODRIGUE.

L'honneur vous en est dû, je ne pouvais pas moins, Étant sorti de vous, et nourri par vos soins. Je m'en tiens trop heureux, et mon âme est ravie Que mon coup d'essai plaise à qui je dois la vie : Mais, parmi vos plaisirs ne soyez point jaloux, Si je m'ose à mon tour satisfaire après vous. Souffrez qu'en liberté mon désespoir éclate ; Assez et trop longtemps votre discours le llatle. Je ne me repens point de vous avoir servi; Mais rendez-moi le bien que ce coup m'a ravi. Mon bras pour vous venger, armé contre ma flamme, Par ce coup glorieux m'a privé de mon âme; Ne me dites plus rien; pour vous j'ai tout perdu; Ce que je vous devais, je vous l'ai bien rendu.

D. DIÈGUE

Porte, porte plus haut le fruit de ta victoire. Je t'ai donné la vie, et tu me rends la gloire ; Et d'autant que l'honneur m'est plus cher que le jour, D'autant plus maintenant je te dois de retour. Mais d"un cœur magnanime éloigne ces faiblesses; Nous n'avons qu\in honneur, il est tant de maîtresses ! L'amour n'est qu'un plaisir, l'honneur est un devoir.

D. RODRIGUE

Ail! que me dites-vous?

D. DIÈGUE

Ce que tu dois savoir.

D. RODRIGUE. v

Mon honneur offensé sur moi-même se venge; Et vous m'osez pousser à la honte du change! L'infamie est pareille, et suit également Le guerrier sans courage et le perfide amant. A ma fidélité ne faites point d'injure; Souffrez-moi généreux sans me rendre parjure, Mes liens sont trop forts pour être ainsi rompus; Ma foi m'engage encor si je n'espère plus;

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