‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 333 sur 409 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Quoi! je pourrais descendre à ce lâche artifice, D'allef de mes amants mendier le service, Et, sous rindigne appât d'un coup d'œil affété. J'irais jusqu'en leur cœur chercher ma sûreté! Celles de ma naissance ont horreur des bassesses; Leur sang tout généreux hait ces molles adresses. Quel que soit le secours qu'ils me puissent offrir, Je croirai faire assez de le daigner souffrir : Je verrai leur amour, j'éprouverai sa force. Sans flatter leurs désirs, sans leur jeter d'amorce; Et, s'il est assez fort pour me servir d'appui. Je le ferai régner, mais en régnant sur lui. Sentiments étouffés de colère et de haine. Rallumez vos flambeaux à celles de la reine, Et d'un oubli contraint rompez la dure loi, Pour rendre enfin justice aux mânes d'un grand roi ; Rapportez à mes yeux son image sanglante, D'amour et de fureur encore étincelante, Telle que je le vis, quand, tout percé de coups. Il me cria : « Vengeance! Adieu; je meurspourvous! » Chère ombre, hélas! bien loin de l'avoir poursuivie. J'allais baiser la main qui t'arracha la vie. Rendre un respect de fille à qui versa ton sang ! Mais pardonne au devoir que m'impose mon rang: Plus la haute naissance approche des couronnes, Plus cette grandeur même asservit nos personnes; Nous n'avons point de cœur pour aimer ni haïr; Toutes nos passions ne savent qu'obéir.

Après avoir armé pour venger cet outrage, D une paix mal conçue on m'a faite le gage ; Et moi, fermant les yeux sur ce noir attentat. Je suivais mon destin en victime d'État. Mais, aujourd'hui qu'on voit cette main parricide, Des restes de ta vie insolemment avide,

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