ANTIOCHUS, SÉLEUCUS, RODOGUNE
ANTIOCHDS.
Ne vous offensez pas, princesse, de nous voir De vos yeux à vous-même expliquer le pouvoir. Ce n'estpas d'aujourd'hui que nos cœurs en soupirent : A vos premiers regards tous deux ils se rendirent; îlais un profond respect nous fit taire et brûler; Et ce même respect nous force de parler.
L'heureux moment approche où votre destinée Semble être aucunement à la nôtre enchaînée, Puisque d'un droit d'ainesse incertain parmi nous La nôtre attend un sceptre, et la vôtre un époux. C'est trop d'indignité que notre souveraine De l'un de ses captifs tienne le nom de reine;
Noire amour s'en offense, et, changeant cette loi, Remet à notre reine à nous choisir un roi. Ne vous abaissez plus à suivre la couronne; Donnez-la, sans souffrir qu'avec elle on vous donne; Réglez notre destin qu'ont mal réglé les dieux; Notre seul droit d'aînesse est de plaire à vos yeux : L'ardeur qu'allume en nous une flamme si pure Préfère votre choix au choix de la nature, Et vient sacrifier à votre élection Toute notre espérance et notre ambition.
Prononcez donc, madame, et faites un monarque : Nous céderons sans honte à cette illustre marque; Et celui qui perdra votre divin objet Demeurera du moins votre premier sujet; Son amour immortel saura toujours lui dire Que ce rang près de vous vaut ailleurs un empire; Il y mettra sa gloire, et, dans un tel malheur, L'heur de vous obéir flattera sa douleur.
Princes, je dois beaucoup à cette déférence De votre ambition et de votre espérance; Et j'en recevrais l'offre avec quelque plaisir Si celles de mon rang avaient droit de choisir. Comme sans leur avis les rois disposent d'elles Pour affermir leur trône ou finir leurs querelles, Le destin des États est arbitre du leur, Et l'ordre des traités règle tout dans leur cœur. C'est lui que suit le mien, et non pas la couronne : J'aimerai l'un de vous, parce qu'il me l'ordonne ; Du secret révélé j'en prendrai le pouvoir, Et mon amour pour naître attendra mon devoir. N'attendez rien de plus, ou votre attente est vaine. Le choix que vous m'offrez appartient à la reine ; J'entreprendrais sur elle à l'accepter de vous. Peut-être on vous a tu jusqu'où va son courroux; Mais je dois par épreuve assez bien le connaître Pour fuir l'occasion de le faire renaître. Que n'en ai-je souffert et que n"a-t-elle osé! Je veux croire avec vous que tout est apaisé;