‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 35 sur 409 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

Au nom de ce vainqueur, ces captifs couronnés, Et demande pour grâce à ce généreux prince Qu'il daigne voir la main qui sauve la province.

CHIMÈiNE.

Mais n'est-il point blessé?

ELVIRE

Je n'en ai rien appris.

Vous changez de couleur ! reprenez vos esprits.

CIIINÈNE.

Reprenons donc aussi ma colère affaiblie : Pour avoir soin de lui faut-il que je m'oublie? On le vante, on le loue, et mon cœur y consenti Mon honneur est muet, mon devoir impuissant ! Silence, mon amour, laisse agir ma colère ; S'il a vaincu deux rois, il a tué mon père ; Ces tristes vêtements, où je lis mon malheur. Sont les premiers effets qu'ait produits sa valeur ; Et, quoi qu'on die ailleurs d'un cœur si magnanime, Ici tous les objets me parlent de son crime. Vous qui rendez la force à mes ressentiments, Voiles, crêpes, habits, lugubres ornements, Pompe où m'ensevelit sa première victoire, Contre ma passion soutenez bien ma gloire; Et lorsque mon amour prendra trop de pouvoi r, Parlez à mon esprit de mon triste devoir, Attaquez sans rien craindre une main triomphante.

ELVIRE

Modérez ces transports, voici venir l'infante.

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