‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 363 sur 409 · ACTE I. SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I. SCENE II

C'est à vous que je dois ce que j'ai de puissance :

Attendez tout aussi de ma reconnaissance.

Je reviens à Pompée et pense deviner

Quels motifs jusqu'ici peuvent nous l'amener.

Commeiltrouveavecnouspeu de gloire à prétendre Et qu'au lieu d'attaquer il a peine à défendre, Il voudrait qu'un accord, avantageux ou non, L'affranchît d'un emploi qui ternit ce grand nom 5 El, chatouillé d'ailleurs par Fespoir qui le flatte, De faire avec plus dlieur la guerre à iMithridale, Il brûle d'être à Rome, afin d'en recevoir Du maître qu'il s'y donne et Tordre et le pouvoir.

PERPENNA

J'aurais cru qu'Aristie ici réfugiée, Que, forcé par ce maître, il a répudiée, Par un reste d'amour l'attirât en ces lieux Sous une autre couleur lui faire ses adieux; Car de son cher tyran 1 injustice fat telle, Qu'il ne lui permit pas de prendre congé d'elle.

SEP.TOP.IUS.

Cela peut être encore; ils s'aimaient chèrement : Mais il pourrait ici trouver du changement. L'affront pique à tel point le grand cœur d'Aristie, Que, sa première flamme en haine convertie. Elle cherche bien moins un asile chez nous Que la gloire d'y prendre un plus illustre époux. C'est ainsi qu'elle parle et m'offre l'assistance De ce que Rome encore a de gens d'importance. Dont les uns ses parents, les autres ses amis, Si je veux l'épouser, ont pour moi tout promis. Leurs lettres en font foi, qu'elle me vient de rendre. Voyez avec loisir ce que j'en dois attendre; Je veux bien m'en remettre à votre sentiment.

PERPENNA

Pourriez-vous bien, seigneur, balancer un moment, A moins d'une secrète et forte antipathie Qui vous montre un supplice en l'hymen d'Aristie? Voyant ce que pour dot Rome lui veut donner. Vous n'avez aucun lieu de rien examiner.

-544 SERTORIUS

SEP.TORIUS,

Il faut donc, Perpenna, vous faire confidence Et de ce que je crains et de ce que je pense.

J'aime ailleurs. A mon âge il sied si mal d'aimer, Que je le cache même à qui m'a su charmer : Mais, tel que je puis être, on m'aime, ou, pour mieux dirc^ La reine Viriate à mon hymen aspire; Elle veut que ce choix de son amhition De son peuple avec nous commence l'union, Et qu'ensuite à l'envi mille autres hymen ées De nos deux nations l'une à l'autre enchaînées Mêlent si bien le sang et l'intérêt commun, Qu'ils réduisent bientôt les deux peuples en un. C'est ce qu'elle prétend pour digne récompense De nous avoir servis avec cette constance Qui n'épargne ni bien ni sang de ses sujets "

Pour affermir ici nos généreux projets : Non qu'elle me l'ait dit, ou quelque autre pour elle; Mais j'en vois chaque jour quelque marque fidèle. Et, comme ce dessein n'est plus pour moi douteux. Je ne puis l'ignorer qu'autant que je le veux.

Je crains donc de l'aigrir si j'épouse Aristie, Et que de ses sujets la meilleure partie. Pour venger ce mépris et servir son courroux, Ne tourne obstinément ses armes contre nous. Auprès d'un tel malheur, pour nous irréparable, Ce qu'on promet pour l'autre est peu considérable; Et, sous un faux espoir de nous mieux établir. Ce renfort accepté pourrait nous affaiblir.

Voilà ce qui retient mon esprit en balance. Je n'ai pour Aristie aucune répugnance; Et la reine à tel point n'asservit pas mon cœur, Qu'il ne fasse encor tout pour le commun bonheur.

PERPENNA

Cette crainte, seigneur, dont votre âme est gênée Ne doit pas d'un moment retarder l'hyménée. Viriate, il est vrai, pourra s'en émouvoir; Mais que sert la colère où manque le pouvoir? Malgré sa jalousie et ses vaines menaces,

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