‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 368 sur 409 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Vir.IATE, THAMIRE.

YIRIAIE.

Thamire, il faut parler, Foccasion nous presse :

Rome jusqu'en ces murs m'envoie une maîlressc;

Et Texil d'Aristie, enveloppé d'ennuis,

Est prêt à l'emporter sur tout ce que je suis.

En vain de mes regards l'ingénieux langage

Pour découvrir mon cœur a tout mis en usage;

En vain par le mépris des vœux de tous nos rois

J'ai cru faire éclater l'orgueil d'un autre choix :

Le seul pour qui je tâche à le rendre visible,

Ou n'ose en rien connaître, ou demeure insensible,

Et laisse à ma pudeur des sentiments confus,

Que l'amour-propre obstine à douter du refus.

Épargne-m'en la honte, et prends soin de lui dire,

A ce héros si cher... Tu le connais, Thamire;

Car d'où pourrait mon trône attendre un ferme appui,

Et pour qui mépriser tous nos rois que pour lui?

Sertorius, lui seul digne de Viriate,

Mérite que pour lui tout mon amour éclate.

Fais-lui, fais- lui savoir le glorieux dessein

De m'affermir au trône en lui donnant la main :

Dis-lui... Mais j'aurais tort d'instruire ton adresse,

Moi qui connais ton zèle à servir ta princesse.

THAMIRE

Madame, en ce héros tout est illustre et grand; Mais, à parler sans fard, votre amour me surprend. Il est assez nouveau qu'un homme de son âge Ait des charmes si forts pour un jeune courage.

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