ACTE III, SCÈNE I
Jusqiies à vous forcer d'être son allié...
Hélas! ce mot me tue, et je le dis sans feinte, C'est Tunique sujet qu'il m'a donné de plainte. J'aimais mon Aristie, il m'en vient d'arracher, Mon cœur frémit encore à me le reprocher : Vers tant de biens perdus sans cesse il me rappelle ', Et je vous rends, seigneur, mille grâces pour elle. A vous, à ce grand cœur dont la compassion Daigne ici l'honorer de sa protection.
SERTORIUS
Protéger hautement les vertus malheureuses, C'est le moindre devoir des âmes généreuses : Aussi fais-je encor plus, je lui donne un époux.
Un époux! dieux! qu'entends-je! Et qui, seigneur?
SERTORIUS
Moi.
Vous?
Seigneur, toute son âme est à moi dès l'enfance : N'imitez point Sylla par cette violence; Mes maux sont assez grands, sans y joindre celui De voir tout ce que j'aime entre les bras d'autrui.
SERTORIUS
(A Aristie, qui enlre.)
Tout est encore à vous. Venez, venez, madame, Faire voir quel pouvoir j'usurpe sur votre âme, Et montrer, s'il se peut, à tout le genre humain La force qu'on vous fait pour me donner la main.
C'est elle-même, ô ciel I
SERTORIUS
Je vous laisse avec elle.
Et sais que tout son cœur vous est encor fidèle. Reprenez votre bien, ou ne vous plaignez plus Si j'ose m'enrichir, seigneur, de vos refus.
470 SERTORIUS