‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 382 sur 409 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

POMPÉE, ABISTIE.

Me dit-on vrai, madame, et serait-il possible...

ARISTIE

Oui, seigneur, il est vrai que j'ai le cœur sensible; Suivant qu'on m'aime ou hait, j'aime ou hais à mon tour, Et ma gloire soutient ma haine et mon amour. j

Mais, si de mon amour elle est la souveraine, Elle n'est pas toujours maîtresse de ma haine; Je ne la suis pas même; et je hais quelquefois Et moins que je ne veux, et moins que je ne dois.

Cette haine a pour moi toute son étendue, Madame, et la pitié ne l'a point suspendue; La générosité n'a pu la modérer.

ARISTIE

Vous ne voyez donc pas qu'elle a peine à durer? Mon feu, qui n'est éteint que parce qu'il doit l'être, Cherche en dépit de moi le vôtre pour renaître; Et je sens qu'à vos yeux mon courroux chancelant Trébuche, perd sa force, et meurt en vous parlant. M'aimeriez-vous encor, seigneur?

Si je VOUS aime! • Demandez si je vis ou si je suis moi-même. Votre amour est ma vie et ma vie est à vous.

ARISTIE

Sortez de mon esprit, ressentiments jaloux :

Noirs enfants du dépit, ennemis de ma gloire,

Tristes ressentiments, je ne veux plus vous croire.

Quoi qu'on m'ait fait d'outrage,, il ne m'en souvient plus.

Plus de nouvel hymen, plus de Sertorius;

Je suis au grand Pompée; et, puisqu'il m'aime encore,

Puisqu'il me rend son cœur, de nouveau je l'adore.

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