‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 384 sur 409 · ACTE III, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE II

Que ne pourriez-vous point en tête d'une armée. Partout, hors de TEspagne, à vaincre accoutumée? Et, quand Sertorius sera joint avec vous, Que pourra lè lyran? qu'osera son courroux?

Ce n'est pas s'affranchir qu'un moment le paraître, Ni secouer le joug que de changer de maître. Sertorius pour vous est un illustre appui; Mais en faire le mien, c'est me ranger sous lui; Joindre nos étendards, c'est grossir son empire. Perpenna qui Ta joint saura que vous en dire. Je sers; mais jusqu'ici l'ordre vient de si loin. Qu'avant qu'on le reçoive il n'en est plus besoin; Et ce peu que j'y rends de vaine déférence. Jaloux du vrai pouvoir, ne sert qu'en apparence. Je crois n'avoir plus même à servir qu'un moment; Et, quand Sylla prépare un si doux changement, Pouvez-vous m'ordonner de me bannir de Rome, Pour la remettre au joug sous les lois d'un autre homme ; Moi qui ne suis jaloux de mon autorité Que pour lui rendre un jour toute sa liberté? Non, non; si vous m'aimez comme j'aime à le croire, Vous saurez accorder votre amour et ma gloire, Céder avec prudence au temps prêt à changer. Et ne me perdre pas au lieu de vous venger.

AEISTIE.

Si vous m'avez aimée, et qu'il vous en souvienne, Vous mettrez votre gloire à me rendre la mienne. Mais il est temps qu'un mot termine ces débats. Me voulez-vous, seigneur? ne me voulez-vous pas? Parlez : que votre choix règle ma destinée. Suis-je encore à l'époux à qui l'on m'a donnée? Suis-je à Sertorius? C'est assez consulté : Rendez-moi mes liens ou pleine liberté...

Je le vois bien, madame, il faut rompre la trêve. Pour briser en vainqueur cet hymen, s'il s'achève; Et vous savez si peu l'art de vous secourir, Que, pour vous en instruire, il faut vous conquérir.

474 SL^RTOBIUS.

ARISTIE

Sertorius sait vaincre et garder ses conquêtes.

La vôtre à la garder coûtera bien des lêtes; Comme elle fermera la porte à tout accord, Rien ne la peut jamais assurer que ma mort. Oui, j'en jure les dieux; s'il faut qu'il vous obtienne, Rien ne peut empêcher sa perte que la mienne; Et peut-être tous deux, l'un par l'autre percés. Nous vous ferons connaître à quoi vous nous forcez.

ARISTUÎ.

Je ne suis pas, seigneur, d'une telle importance. D'autres soins éteindront cette ardeur de vengeance; Ceux de vous agrandir vous porteront ailleurs, Où vous pourrez trouver quelques destins meilleurs; Ceux de servir Sylla, d'aimer son Emilie, D'imprimer du respect à toute l'Italie, De rendre à votre Rome un jour sa liberté, Sauront tourner vos pas de quelque autre côté. Surtout ce privilège acquis aux grandes âmes, De changer à leur gré de maris et de femmes, Mérite qu'on l'étalé aux bouts de l'univers, Pour en donner l'exemple à cent climats divers.

Ah! c'en est trop, madame, et de nouveau je jure...

AP.ISTIE.

Seigneur, les vérités font-elles quelque injure?

Vous oubliez trop tôt que je suis votre époux.

ARISTIE

Ah î si ce nom vous plaît, je suis encore à vous. Voilà ma main, seigneur.

Gardez-la-moi, madame.

ARISTIE

Tandis que vous avez à Rome une autre femme? Que par un autre hymen vous me déshonorez? Me punissent les dieux que vous avez jurés, Si, passé ce moment, et hors de votre vue,

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