‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 383 sur 409 · ACTE m, SCEiNE IL · texte numérisé non relu

ACTE m, SCEiNE IL

Plus de Sertorius. Mais, seigneur, répondez; Faites parler ce cœur qu'enfin vous me rendez. Plus de Sertorius Hélas! quoi que je die, Vous ne mie dites point, seigneur, plus d'iEmilie. Rentrez dans mon esprit, jaloux ressentiment:^, Fiers enfants de Fhonneur, nobles emportements; C'est vous que je veux croire; et Pompée infidèle Ne saurait plus souffrir que ma haine chancelle; Il l'affermit pour moi. Venez, Sertorius; Il me rend toute à vous par ce muet refus. Donnons ce grand témoin à ce grand hyménée ; Son âme toute ailleurs n'en sera point gênée : Il le verra sans peine, et cette dureté Passera chez Sylla pour magnanimité.

Ce qu'il vous fait d'injure également m'outrage. Mais enfin je vous aime et ne puis davantage. Vous, si jamais ma flamme eut pour vous quelque appas, Plaignez-vous, haïssez, mais ne vous donnez pas; Demeurez en état d'être toujours ma femme, Gardez jusqu'au tombeau l'empire de mon âme. Sylla n'a que son temps, il est vieil et cassé; Son règne passera, s'il n'est déjà passé; Ce grand pouvoir lui pèse, il s'apprête à le rendre; Comme à Sertorius, je veux bien vous l'apprendre. Ne vous jetez donc point, madame, en d'autres bras; Plaignez-vous, haïssez, mais ne vous donnez pas : Si vous voulez ma main, n'engagez point la vôtre.

ARISTIE

Mais quoi ! n'êtes- vous pas entre les bras d'une autre?

Non; puisqu'il vous en faut confier le secret,

.âimilie à Sylla n'obéit qu'à regret.

Des bras d'un autre époux ce tyran qui l'arrache

Ne rompt point dans son cœur le saint nœud qui l'attache;

Elle porte en ses flancs le fruit de cet amour.

Que bientôt chez moi-même elle va mettre au jour;

Et, dans ce triste état, sa main qu'il m'a donnée

N'a fait que l'éblouir par un feint hyménée,

412 SERTORIUS

Tandis que, tout entière à son cher Glabrion, Elle paraît, ma femme et n'en a que le nom.

ARISTIE

Et ce nom seul est tout pour celles de ma sorte. Rendez-le-moi, seigneur, ce grand nom qu'elle porte.

J'aimai votre tendresse et vos empressements : Mais je suis au-dessus de ces attachements; Et tout me sera doux si ma trame coupée Me rend à mes aïeux en femme de Pompée, Et que sur mon tombeau ce grand titre gravé Montre à tout l'avenir que je Fai conservé. J'en fais toute ma gloire et toutes mes délices; Un moment de sa perte a pour moi des supplices. Vengez-moi de Sylla, qui me l'ôte aujourd'hui, Ou souffrez qu'on me venge et de vous et de lui; Qu'un autre hymen me rende un titre qui l'égale; Qu'il me relève autant que Sylla me ravale : Non que je puisse aimer aucun autre que vous; Mais pour venger ma gloire il me faut un époux, Il m'en faut un illustre et dont la renommée...

rOMPÉE.

Ah ! ne vous lassez point d'aimer et d'être aimée. Peut-être touchons-nous au moment désiré Qui saura réunir ce qu'on a séparé.

Ayez plus de courage et moins d'impatience; Souffrez que Sylla meure ou quitte sa puissance...

Ar.ISTIE.

J'attendrais de sa mort ou de son repentir Qu'à» me rendre l'honneur vous daigniez consentir! Et je verrais toujours votre cœur plein de glace, Mon tyran impuni, ma rivale en ma place, Jusqu'à ce qu'il renonce au pouvoir absolu, Après l'avoir gardé tant qu'il l'aura voulu?

Mais, tant qu'il pourra tout, que pourrai-je, madame?

ARISTIE

Suivre en tous lieux, seigneur, l'exil de votre femme,

La ramener chez vous avec vos légions,

Et rendre un heureux calme à nos divisions.

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