ACTE IV, SCE.NE IlL
D. FEENAND.
Tous ceux que ce devoir à mon service engage Ne s'en acquittent pas avec même courage ; Et, lorsque la valeur ne va pas dans l'excès, Elle ne produit point de si rares succès. Souffre donc qu'on te loue, et de» cette victoire Apprends-moi plus au long la véritable histoire.
D. RODKIGUE.
Sire, vous avez su qu'en ce danger pressant.
Qui jeta dans la ville un effroi si puissant,
Une troupe d'amis chez mon père assemblée
Sollicita mon âme encor toute troublée...
Mais, sire, pardonnez à ma témérité
Si j'osai l'employer sans votre autorité;
Le péril approchait; leur brigade était prête;
Me montrant à la cour, je hasardais ma tête :
Et, s'il fallait la perdre, il m'était bien plus dotix
Ce sortir de la vie en combattant pour vous.
D. FERNAND
J'excuse ta chaleur à venger ton offense ; Et l'État défendu me parle en ta défense : Crois que dorénavant Chimène a beau parler, Je ne l'écoute plus que pour la consoler. Biais poursuis.
D. RODRIGUE
Sous moi donc cette troupe s'avance Et porte sur le front une mâle assurance. Nouspartîmescinq cents; mais, parun prompt renfort, Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port, Tant, à nous voir marcher avec un tel visage, Les plus épouvantés reprenaient de courage! J'en cache les deux tiers, aussitôt qu'arrivés, Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés : Le reste, dont le nombre augmentait â toute heure. Brûlant d'impatience, autour de moi demeure. Se couche contre terre, et sans faire aucun bruit, Passe une bonne part d'une si belle nuit. Par mon commandement la garde en fait de même, Et, se tenant cachée, aide à mon stratagème ;
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Et je feins hardiment d'avoir reçu de vous L'ordre qu'on me voit suivre et que je donne à tous. Cette obscure clarté qui tombe des étoiles Enfin avec le flux nous fit voir trente voiles; L'onde s'enfle dessous, et d'un commun effort Les Maures et la mer montent jusques au port. On les laisse passer; tout leur paraît tranquille; Point de soldats au port, point aux murs de la ville. Notre profond silence abusant leurs esprits, Ils n'osent plus douter de nous avoir surpris ; Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent. Et courent se livrer aux mains qui les attendent. Nous nous levons alors, et tous en même temps Poussons jusques au ciel mille cris éclatants; Les nôtres, à ces cris, de nos vaisseaux répondent; Ils paraissent armés, les Maures se confondent, L'épouvante les prend à demi descendus; Avant que de combattre, ils s'estiment perdus. Ils couraient au pillage, et rencontrent la guerre; Nous les pressons sur l'eau, nous les pressons sur terre Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang Avant qu'aucun résiste ou reprenne son rang. Mais bientôt, malgré nous, leurs princes les rallient. Leur courage renaît, et leurs terreurs s'oublient : La honte de mourir sans avoir combattu Arrête leur désordre et leur rend leur vertu. Contre nous de pied ferme il tirent leurs al fanges, De notre sang au leur font d'horribles mélanges; Et la terre, et le fleuve, et leur flotte, et le port. Sont des champs de carnage où triomphe la mort. Oh! combien d'actions, combien d'exploits célèbres Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres. Où chacun, seul témoin des grands coups qu'il donnait, Ne pouvait discerner où le sort inclinait! J'allais de tous côtés encourager les nôtres, Faire avancer les uns et soutenir les autres, llanger ceux qui venaient, les pousser à leur tour; Et ne l'ai pu savoir jusques au point du jour. Mais enfin sa clarté montre notre avantage;