‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 399 sur 409 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

VIRIÂTE, AP.ISTIE, THAMIRE, ARCAS.

TIIAMIRE.

Ah! madame!

VIRIATE

Qu'as-tu, Thamire? et d'où te vient ce visage abattu? Que nous disent tes pleurs?

TIIAWIRE.

Que vous êtes perdue, Que cet illustre bras qui vous a défendue...

VIRIATE

THAMIRE

Ilélas! ce grand Sertorius...

VIRIATE

N'achèveras-tu point?

» THAMIRE

Madame, il ne vit plus.

VIRIATE

Il ne vit plus, ô ciel! Qui te l'a dit, Thamire?

THAMIRE

Ses assassins font gloire eux-mêmes de le dire;

Ces tigres dont la rage, au milieu du festin.

Par l'ordre d'un perfide a tranché son destin,

Tout couverts de son sang, courent parmi la ville

Émouvoir les soldats et le peuple imbécile ;

Et Perpenna par eux proclamé général

Ne vous fait que trop voir d'où part ce coup fatal.

VIRIATE

Il m'en fait voir ensemble et l'auteur et la cause. Par cet assassinat c'est de moi qu'on dispose; C'est mon trône, c'est moi qu'on prétend conquérir; Et c'est mon juste choix qui seul l'a fait pf'rir. Madame, après sa perte, ei parmi ces alarmes,

N'attendez point de moi de soupirs ni de larmes;

Ce sont amusemenis que dédaigne aisément

Le prompt et noble orgueil d'un vif ressentiment :

Qui pleure l'affaiblit, qui soupire Texhale.

Il faut plus de fierté dans une âme royale;

Et ma douleur, soumise aux soins de le venger...

ARISTIE

Mais vous vous aveuglez au milieu du danger : Songez à fuir, madame.

THAMIEE.

Il n'est plus temps; Aufide, Des portes du palais saisi pour ce perlide, En fait votre prison, et lui répond de vous. Il vient; dissimulez un si juste courroux; Et, jusqu'à ce qu'un temps plus favorable arrive, Daignez vous souvenir que vous êtes captive.

VIRIATE

Je sais ce que je suis, et le serai toujours, N'eussé-je que le ciel et moi pour mon secours.

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