‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 65 sur 409 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

D'avoir tant à choisir, et de choisir si mal. Mille de ses enfants beaucoup plus dignes d'elle Pouvaient bien mieux que nous soutenir sa querelle : Mais, quoique ce combat me promette un cercueil, La gloire de ce choix m'enfle d'un juste orgueil ; Mon esprit en conçoit une mâle assurance; J'ose espérer beaucoup de mon peu de vaillance; Et, du sort envieux quels que soient les projets, Je ne me compte point pour un de vos sujets. Rome a trop cru de moi ; mais mon âme ravie Remplira son attente, ou quittera la vie. Qui veut mourir ou vaincre est vaincu rarement; Ce noble désespoir périt malaisément.

Rome, quoi qu'il en soit, ne sera point sujette Que mes derniers soupirs n'assurent ma défaite.

CURFACE.

Hélas ! c'est bien ici que je dois être plaint. Ce que veut mon pays, mon amitié le crainte Dures extrémités, de voir Albe asservie. Ou sa victoire au prix d'une si chère vie, Et que Tunique bien où tendent ses désirs S'achète seulement par vos derniers soupirs! Quels vœux puis-je former, et quel bonheur attendre? De tous les deux côtés, j'ai des pleurs à répandre ; De tous les deux côtés, mes désirs sont trahis.

Quoi ! vous me pleureriez mourant pour mon pays ! Pour un cœur généreux ce trépas a des charmes; La gloire qui le suit ne souffre point de larmes, ■' Et je le recevrais en bénissant mon sort. Si Rome et tout l'État perdaient moins en ma mort.

CURIACE

A vos amis pourtant permettez de le craindre ; Dans un si beau trépas, ils sont les seuls à plaindre ; La gloire en est pour vous, et la perte pour eux; 11 vous fait immortel et les rend malheureux. On perd tout quand on perd un ami si fidèle. Mais Flavian m'apporte ici quelque nouvelle.

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