ACTE III, SCÈNE I
Sur leurs hauts sentiments réglons plutôt les nôtres; Soyons femme de l'un ensemble et sœur des autres; Regardons leur honneur comme un souverain bien; Imitons leur constance, et ne craignons plus rien. La mort qui les menace est une mort si belle. Qu'il en faut sans frayeur attendre la nouvelle. N'appelons point alors les destins inhumains; ■ Songeons pour quelle cause, et non par quelles mains; Revoyons les vainqueurs, sans penser qu'à la gloire Que toute leur maison reçoit de leur victoire; Et, sans considérer aux dépens de quel sang Leur vertu les élève en cet illustre rang, Faisons nos intérêts de ceux de leur famille : En Tune je suis femme, en l'autre je suis fille. Et tiens à toutes deux par de si forts liens, Qu'on ne peut triompher que par les bras des miens. Fortune, quelques maux que ta rigueur m'envoie. J'ai trouvé les moyens d'en tirer de la joie, Et puis voir aujourd'hui le combat sans terreur, Les morts sans désespoir, les vainqueurs sans horreur.
Flatteuse illusion, erreur douce et grossière. Vain effort de mon âme, impuissante lumière. De qui le faux brillant prend droit de m'éblouir, Que tu sais peu durer, et tôt t'évanouir ! Pareille à ces éclairs qui, dans le fort des ombres. Poussent un jour qui fuit et rend les nuits plus sombres, Tu n'as frappé mes yeux d'un moment de clarté Que pour les abîmer dans plus d'obscurité. Tu charmais trop ma peine, et le ciel, qui s'en fâche, • Me vend déjà bien cher ce moment de relâche. Je sens mon triste cœur percé de tous les coups Qui m'ôtent maintenant un frère ou mon époux. Quand je songe à leur mort, quoi que je me propose, Je songe par quels bras, et non pour quelle cause, Et ne vois les vainqueurs en leur illustre rang Que pour considérer aux dépens de quel sang. La maison des vaincus touche seule moÈ âme ; En l'une je suis fille, en l'autre je suis femme. Et tiens à toutes deux par de si forts liens,
Qu'on ne peut triompher que par la mort des miens. C'est là donc celte paix que j'ai tant souhaitée ! Trop favorables dieux, vous m'avez écoutée ! Quels foudres lancez-vous quand vous vous irritez Si même vos faveurs ont tant de cruautés? Et de quelle façon punissez-vous l'offense Si vous traitez ainsi les vœux de l'innocence?