SABINE, JULIE
SABINE
En est-ce fait, Julie? et que m'apportez- vous?
Est-ce la mort d'un frère, ou celle d'un époux?
Le funeste succès de leurs armes impies
De tous les combattants a-t-il fait des hosties?
Et, m'enviant rhorreur que j'aurais des vainqueurs,
Pour tous tant qu'ils étaient demande-t-il mes pleurs?
JULIE
Quoi! ce qui s'est passé, vous l'ignorez encore?
SABINE
Vous faut-il étonner de ce que je l'ignore? Et ne savez-vous point que de cette maison Pour Camille et pour moi l'on fait une prison? Julie, on nous renferme, on a peur de nos larmes; Sans cela nous serions au milieu de leurs armes, Et, par les désespoirs d'une chaste amitié, Nous aurions des deux camps tiré quelque pitié.
JULIE
n n'était pas besoin d'un si tendre spectacle ; Leur vue à leur combat apporte assez d'obstacle. Sitôt qu'ils ont paru prêts à se mesurer. On a dans les deux camps entendu murmurer: A voir de tels amis, des personnes si proches. Venir pour leur patrie aux mortelles approches, L'un s'émeut de pitié, l'autre est saisi d'horreur, L'autre d'un si grand zèle admire la fureur ; Tel porte jusqu'aux cieux leur vertu sans égale, Et tel l'ose nommer sacrilège et brutale.