‹ Théâtre de CorneilleChapitre 147 sur 158 · SCÈNE IV. — DORANTE, PHILISTE, CLITON · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. — DORANTE, PHILISTE, CLITON

DORANTE

Me reconduire encor ! Cette cérémonie D'entre les vrais amis devrait être bannie.

PHILISTE

Jusques en Bellecour je vous ai reconduit, Pour voir une maîtresse en faveur de la nuit. Le temps est assez doux, et je la vois paraître En de semblables nuits souvent à la fenêtre : J'attendrai le hasard un moment en ce lieu, Et vous laisse aller voir votre lingère. Adieu.

DORANTE

Que je vous laisse ici, de nuit, sans compagnie !

PHILISTE

C'est faire à votre tour trop de cérémonie. Peut-être qu'à Paris j'aurais besoin de vous; Mais je ne crains ici ni rivaux ni filous.

DORANTE

Ami, pour des rivaux, chaque jour en fait naître; Vous en pouvez avoir, et ne les pas connaître : Ce n'est pas que je veuille entrer dans vos secrets; Mais nous nous tiendrons loin en confidents discrets. J'ai du loisir a3sez.

PHILISTE

Si l'heure ne vous presse, Vous saurez mon secret touchant cette maîtresse; Elle demeure, ami, dans ce grand pavillon.

CLITON, bas Tout se prépare mal, à cet échantillon.

Est-ce où je pense voir un linge qui voltige?

PHILISTE

Justement.

DORANTE

ElJe est belle?

PHILISTE

Assez.

DORANTE

Et vous oblige !

PHILISTE

Je ne saurais encor, s'il faut tout avouer,

Ni m'en plaindre beaucoup, ni beaucoup m'en louer;

Son accueil n'est pour moi ni trop doux ni trop rude :

Il est et sans faveur et sans ingratitude,

Et je la vois toujours dedans un certain point

Qui ne me chasse pas et ne l'engage point.

Mais je me trompe fort, ou sa fenêtre s'ouvre.

DORANTE

Je me trompe moi-même, ou quelqu'un s'y découvre.

PHILISTE

J'avance; approchez-vous, mais sans suivre mes pas, Et prenez un détour qui ne vous montre pas : Vous jugerez quel fruit je puis espérer d'elle. Pour Cliton, il peut faire ici la sentinelle.

dorante, parlant à Cliton, après que Philiste s'est éloigné Que me vient-il de dire? Et qu'est-ce que je voi? Cliton, sans doute il aime en même lieu que moi. O ciel ! que mon bonheur est de peu de durée !

CLITON

S'il prend l'occasion qui vous est préparée,

Vous pouvez disputer avec votre valet

A qui mieux de vous deux gardera le mulet.

DORANTE

Que de confusion et de trouble en mon âme !

CLITON

Allez prêter l'oreille aux discours de la dame; Au bruit que je ferai prenez bien votre temps, Et nous lui donnerons de jolis passe-temps.

(Dorante va auprès de Philiste.)

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