‹ Théâtre de CorneilleChapitre 150 sur 158 · SCÈNE VII. — DORANTE, PHILISTE, CLITON · texte numérisé non relu

SCÈNE VII. — DORANTE, PHILISTE, CLITON

PHILISTE

Ami, vous m'avez tôt quitté.

DORANTE

Sachant fort peu la vilte, et dans l'obscurité, En moins de quatre pas j'ai tout perdu de vue; Et, m'étant égaré dès la première rue, Comme je sais un peu ce que c'est que l'amour, J'ai cru qu'il vous fallait attendre en Bellecour; Mais je n'ai plus trouvé personne à la fenêtre. Dites-moi cependant qui massacrait ce traître. Qui le faisait crier?

PHILISTE

A quelques mille pas, Je l'ai rencontré seul, tombé sur des plâtras.

DORANTE

Maraud, ne criais-tu que pour nous mettre en peine?

CLITON

Souffrez encore un peu que je reprenne haleine. Comme à Lyon le peuple aime fort les laquais. Et leur donne souvent de dangereux paquets. Deux coquins, me trouvant tantôt en sentinelle. Ont laissé choir sur moi leur haine naturelle; Et sitôt qu'ils ont vu mon habit rouge et vert.*

DORANTE

Quand il est nuit sans lune, et qu'il fait temps couvert. Connaît-on les couleurs? Tu donnes une bourde.

CLITON

Ils portaient sous le bras une lanterne sourde.

THEATRE DE CORNEILLE 3ï6

C'était fait de ma vie, ils me traînaient à l'eau; Mais, sentant du secours, ils ont craint pour leur peau. Et jouant du talon tous deux en gens habiles, Ils m'ont fait trébucher sur un monceau de tuiles, Chargé de tant de coups et de poing et de pied Que je crois tout au moins en être estropié. Puissé-je voir bientôt la canaille noyée !

PHILISTE

Si j'eusse pu les joindre, ils me l'eussent payée, L'heureuse occasion dont je n'ai pu jouir, Et que cette sottise a fait évanouir.

Vous en êtes témoin, cette belle adorable Ne me pourrait jamais être plus favorable; Jamais je n'en reçus d'accueil si gracieux; Mais j'ai bientôt perdu ces moments précieux. Adieu. Je prendrai soin demain de votre affaire. Il est saison pour vous de voir votre lingère. Puissiez-vous recevoir dans ce doux entretien Un plaisir plus solide et plus long que le mien !

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