‹ Théâtre de CorneilleChapitre 37 sur 158 · SCÈNE III. — PAULINE, STRATONICE · texte numérisé non relu

SCÈNE III. — PAULINE, STRATONICE

STRATONICE

Je vous ai plaints tous deux, j'en verse encor des larmes; Mais du moins votre esprit est hors de ses alarmes : Vous voyez clairement que votre songe est vain; Sévère ne vient pas la vengeance à la main.

PAULINE

Laisse-moi respirer du moins, si tu m'as plainte : Au fort de ma douleur tu rappelles ma crainte; Souffre un peu de relâche à mes esprits troublés, Et ne m'accable point par des maux redoublés.

STRATONICE

Quoi ! vous craignez encor ?

PAULINE

Je tremble, Stratonice; Et bien que je m'effraye avec peu de justice. Cette injuste frayeur sans cesse reproduit L'image des malheurs que j'ai vus cette nuit.

STRATONICE

Sévère est généreux.

Malgré sa retenue, Polyeucte sanglant frappe toujours ma vue.

STRATONICE

Vous voyez ce rival faire des vœux pour lui.

PAULINE

Je crois même au besoin qu'il serait son appui; Mais, soit cette croyance ou fausse ou véritable, Son séjour en ce heu m'est toujours redoutable : A quoi que sa vertu puisse le disposer, Il est puissant, il m'aime, et vient pour m'épouser.

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