POLYEUCTE FÉLIX
Les dieux et l'empereur sont plus que ma famille.
PAULINE
La perte de tous deux ne vous peut arrêter !
FÉLIX
J'ai les dieux et Décie ensemble à redouter. Mais nous n'avons encore à craindre rien de triste : Dans son aveuglement, pensez-vous qu'il persiste ? S'il nous semblait tantôt courir à son malheur, C'est d'un nouveau chrétien la première chaleur.
PAULINE
Si vous l'aimez encor, quittez cette espérance; Que deux fois en un jour il change de croyance : Outre que les chrétiens ont plus de dureté, Vous attendez de lui trop de légèreté.
Ce n'est point une erreur, avec le lait sucée, Que sans l'examiner son âme ait embrassée : Polyeucte est chrétien parce qu'il l'a voulu, Et vous portait au temple un esprit résolu. Vous devez présumer de lui comme du reste : Le trépas n'est pour eux ni honteux ni funeste; Ils cherchent de la gloire à mépriser nos dieux; Aveugles pour la terre, ils aspirent aux cieux, Et, croyant que la mort leur en ouvre la porte, Tourmentés, déchirés, assassinés, n'importe, Les supplices leur sont ce qu'à nous les plaisirs, Et les mènent au but où tendent leurs désirs : La mort la plus infâme, ils l'appellent martyre.
FÉLIX
Eh bien donc, Polyeucte aura ce qu'il désire : N'en parlons plus.
PAULINE
Mon père...