‹ Théâtre de CorneilleChapitre 61 sur 158 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Si je voulais faire ici ce que j'ai fait en mes deux derniers ouvrages, et te donner le texte ou l'abrégé des auteurs dont cette histoire est tirée, afin que tu pusses remarquer en quoi je m'en serais écarté pour l'accommoder au théâtre, je ferais un avant-propos dix fois plus long que mon poème, et j'aurais à rapporter des livres entiers de presque tous ceux qui ont écrit l'histoire romaine. Je me contenterai de t'avertir que celui dont je me suis le plus servi a été le poète Lucain, dont la lecture m'a rendu si amoureux de la force de ses pensées et de la majesté de son raisonnement qu'afin d'en enrichir notre langue j'ai fait cet effort pour réduire en poème dramatique ce qu'il a traité en épique. Tu trouveras ici cent ou deux cents vers traduits ou imités de lui1. J'ai tâché de le suivre dans le reste, et de prendre son caractère quand son exemple m'a manqué : si je suis demeuré bien loin derrière, tu en jugeras. Cependant j'ai cru ne te déplaire pas de te donner ici trois passages qui ne viennent pas mal à mon sujet : le premier est une épitaphe de Pompée, prononcée par Caton dans Lucain; les deux autres sont deux peintures de Pompée et de César, tirées de Velleius Paterculus. Je les laisse en latin, de peur que ma traduction n'ôte trop de leur grâce et de leur force. Les dames se les feront expliquer.

EPITAPHITTM POMPEII MAGNI »

Civis obit, inquit, multo majoribus impar Nosse modum juris sed in hoc tamen utilis œvo, Oui non ulla fuit justi reverentia : salva Libertate potens, et solus plèbe parata Privatus servire sibi, rectorque senatus. Sed reg-nantis, erat. Nil belli jure poposcit : Qurcque dari voluit, voluit sibi posse negari.

1. C'est le huitième livre de Lucain qu a fourni à Corneille le sujet do Pompée. Le succès de cette tragédie détermina Brébeuf à traduire sa Pltarsale.

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