‹ Théâtre de CorneilleChapitre 79 sur 158 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

SCÈNE PREMIÈRE. — CORNÉLIE, tenant une petite urne en sa main; PHILIPPE

CORNÉLIE

Mes yeux, puis-je vous croire, et n'est-ce point un songe

Qui sur mes tristes vœux a formé ce mensonge?

Te revois-je, Philippe, et cet époux si cher

A-t-il reçu de toi les honneurs du bûcher?

Cette urne que je tiens contient-elle sa cendre?

O vous, à ma douleur objet terrible et tendre,

Éternel entretien de haine et de pitié,

Reste du grand Pompée, écoutez sa moitié.

N'attendez point de moi de regrets ni de larmes :

Un grand cœur à ses maux applique d'autres charmes.

Les faibles déplaisirs s'amusent à parler,

Et quiconque se plaint cherche à se consoler.

Moi, je jure des dieux la puissance suprême,

Et, pour dire encor plus, je jure par vous-même,

Car vous pouvez bien plus sur ce cœur affligé

169 pompée

Que le respect des dieux qui l'ont mal protégé :

Je jure donc par vous, ô pitoyable reste, >

Ma divinité seule après ce coup funeste;

Par vous, qui seul ici pouvez me soulager,

De n'éteindre jamais l'ardeur de le venger.

Ptolomée à César, par un lâche artifice,

Rome, de ton Pompée a fait un sacrifice;

Et je n'entrerai point dans tes murs désolés

Que le prêtre et le dieu ne lui soient immolés.

Faites-m'en souvenir et soutenez ma haine,

O cendres, mon espoir aussi bien que ma peine;

Et pour m'aider un jour à perdre son vainqueur,

Versez dans tous les coeurs ce que ressent mon cœur.

Toi qui l'as honoré sur cette infâme rive

D'une flamme pieuse autant comme chétive,

Dis-moi, quel bon démon a mis en ton pouvoir

De rendre à ce héros ce funèbre devoir?

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