‹ Théâtre de CorneilleChapitre 78 sur 158 · SCÈNE V. — CÉSAR, CLÉOPATRE, ANTOINE, LÉPIDE, ACHORÉE, CHARMION · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — CÉSAR, CLÉOPATRE, ANTOINE, LÉPIDE, ACHORÉE, CHARMION

CÉSAR

Son courage m'étonne autant que leur audace. Reine, voyez pour qui vous me demandiez grâce î

CLÉOPATRE

Je n'ai rien à vou"s dire : allez, seigneur, allez

Venger sur ces méchants tant de droits violés.

On m'en veut plus qu'à vous : c'est ma mort qu'ils respirent,

C'est contre mon pouvoir que les traîtres conspirent;

Leur rage, pour l'abattre, attaque mon soutien,

Et par votre trépas cherche un passage au mien.

Mais parmi ces transports d'Une juste colère,

Je ne puis oublier que leur chef est mon frère.

Le saurez- vous, seigneur? et pourrai-je obtenir

Que ce cœur irrité daigne s'en souvenir?

CÉSAR

Oui, je me souviendrai que ce cœur magnanime

THÉÂTRE DE CORNEILLE l68

Au bonheur de son sang veut pardonner son crime

Adieu, ne craignez rien : Achillas et Photin

Ne sont pas gens à vaincre un si puissant destin;

Poux les mettre en déroute, eux, et tous leurs complices,

Je n'ai qu'à déployer l'appareil des supplices,

Et, pour soldats choisis, envoyer des bourreaux

Qui portent hautement mes haches pour drapeaux.

{César rentre avec les Romains.)

CLÉOPATRE

Ne quittez pas César; allez, cher Achorée. Repousser avec lui ma mort qu'on a jurée; Et quand il punira nos lâches ennemis, Faites-le souvenir de ce qu'il m'a promis. Ayez l'œil sur le roi dans la chaleur des armes, Et conservez son sang pour épargner mes larmes.

ACHORÉE

Madame, assurez-vous qu'il ne peut y péiir, Si mon zèle et mes soins peuvent le secourir.

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