ACTE II, SCÈNE
GILLES
Âhlah!
LE BAILU.
£t cette queue en trompette? c'est un poisson qui fera du bruit, je vous en réponds.
PAaLASSB.
Ah çà, d'où croyez-vous qu'il vienne?
LE BAILLI, graTement.
D'où je crois qu'il vienne?
GILLES
Oui.
LE BAILU.
Eh! eh ! la question n'est pas facile à résoudre, vu que c'n'est pas un testacé.
PIERROT
Ce n'est pas une tête cassée.
LE BAILLI
Ni un crustacé.
PAILLASSE
Ni une cruche cassée,
LE BAILLI
Mais, Paillasse, je n'ai point dit une cruche cassée; mais bien un antëtacé.,. ce serait plutôt le poisson de la mer du nord nommé Léviathan par Salomon; Nietyeorax par Pline, et par M. de Buffon, Borealis Cucurbitus. Au reste, comme le merveilleux a toujours plus d'empire sur le vulgaire que le vraisemblable, croyezmoi, au lieu de chercher un nom à votre animal, bornez-vous à afficher la déclaration que je viens de rédiger, elle en vaut bien une autre.
PAILLASSE
Et vous croyez que les curieux mordront à c't'ha-
meçon-là? eh .ben, pas du tout : pour appeler le public, il faut des grands mots, des noms qui ronflent.
LE BAILU.
D'accord; oui il n'y aurait pas de mal de trouver des noms qui ronflassent.
PIERROT
Si nous l'appelions...
GILLES
Non, non, ce n'est pas çà... il vaut mieux le nommer...
PAILLASSE
Tu n'y es pas non plus, toi; il faut l'appeler le roi des Esturgeons!
LE BAILU.
£h mais... c'est justement son vrai nom.
TOUS
Bah!
LE BAILLI
Borealis Cticurbitus n'a jamais voulu dire autre chose.
GILLES
C'est clair : Borealis, roi.
PIERROT
CucurbittiSy des Esturgeons.
LE -BAILLI
C'est-à-dire, si nous traduisions littéralement, nous ne nous retrouverions peut-être pas tout à fait; mais c'est çà pour la masse de... l'expression, n'importe l faites barbouiller bien vite le portrait de votre poisson, mettez le nom au-dessous, et vous exposerez le tout à votre porte, avec tout l'appareil, tout l'éclat dont une semblable merveille est susceptible I