SCÈNE II
MADELON
Ah çà I not* maître, il faut à c'tt'heure que je vous gronde. D'où vient donc qu'vous êtes comm* ça sorti ce matin, sans me dire ni qui ni qu'est-ce ?
BENOIT
Que veux-tu I il faisait beau, j'étais en bonne humeur, je suis allé faire un tour sur les quais, voir couler l'eau, et j'en rapporte une faim...
Bah!
HÂDELON.
Air : Crnia qtie Paris J'vas vite préparer rdiner.
BENOn.
Avant tout, petite friande,
"Voyons si tu devineras
Ce qne j'ai sons ma houppelande.
Sous Tot'houp'lande ?... Attendez donc...
(BUe rére.) Gnia z*an dindon, gnia z*un dindon.
BENOIT
C'est toi qui l'as nommé. Tiens, vois la belle pièce»
MADELON
Oh! la superbe bote I et truffée encore... Elle a dd vous coûter gros ?
BENOIT
Non, parce que c'est un dindon de rencontre. Je l'ai acheté au maître d'hôtel d'un homme qui devait s'en régaler aujourd'hui, et qui est mort hier d'uneattaque d'apoplexie.
MADELON
Il parait que ce mort-là était un bon vivant.
BENOIT
Va vite le faire cuire.
MADELON
Bah ! vous avez donc du monde à dtner?
BENOIT
Pas un chat.
C'est pourtant dommage de manger ça tout seul. Attendez plutôt à demain.
BENOIT
Ah bien ouil je ne suis pas sûr d'avoir demain Tappétit que j'ai aujourd'hui ; et puis d'ailleurs...
Air de: m. Tourterelle.
A, soixante ans on ne doit pas remettre Llnstant heureux qui promet un plaisir ; Plus tard le sort voudra- t-il nous permettre De le rejoindre et de le ressaisir ?
Sur Taveuir je ne compte plus guère, Le présent seul à mou Age est certain :
Mou plus beau jour est celui qui m'éclaire, Car les vieillards n'ont pas de lendemain.
MADELON
Laissez donc, vous irez à cent ans pour le moins.
BENOIT
Même air :
Si le destin veut prolonger ma vie, Je me résigne à ses sages décrets ; ' Mais mourir vieux n'est pas ce que j'envie : L'âge souvent amène des regrets.
Chacun son tour est la règle du sage, Contentons -nous d'égayer nos instants ;