SCÈNE n
Celui qui plie à soixante ans bagage, S*il vécut bien, vécut assez longtemps.
HADELON.
En ce cas, mangez la béte.
BENOIT
C'est ça, mangeons là.
MADELON
Mais si vous voulez Inviter quelqu'un, il est temps de vous y prendre.
BENOIT
Oui, car voilà plus de midi.
MADELON
Il faut aller au plus voisin, ou à la plus voisine.
BENOIT, après un moment de réflexion.
Oui, à la plus voisine, tu as raison.
MADELON, cherchant.
En ce cas-là, c'est madame...
BENOIT
Non, c'est mademoiselle...
MADELON
Ahl VOUS invitez des demoiselles?
BENOIT
Si vous voulez bien le permettre.
MADELON
Et cette demoiselle se nomme ?
Madelon. La connais-tu ?
MADELON, Avec le plus grand embarras.
Quoil not' maître, c est moi !..•
i02 LE DINER DE MADELON
BENOIT
Oui, c'est toi quej'invite; n'es-tu pas la plus voisine?
MADELOX.
Ne vous gaussez donc pas de moi comme ça.
BENOIT
Quand je te dis que je t'invite.
MADELON
A votre table ?
BENOIT
Oui, à ma table. Tu m'as servi pendant dix ans sans reproche, et je veux te donner cette petite récompense-là...
MADELON
Eh bien! vrai, ça me fait plus de plaisir que tout ce que vous pourriez me donner. Mais, là, ne me trompez pas.
Air du vaudeville de : Partie carrée.
C'est-il tout d'bon qu' net' maître nous invite ?
Oui, mon enfant, oui, je le veux ainsi.
MADELO.N.
Mais si Ton vient ?
BENOIT
Tu t'en iras bien vite.
MADKL02V.
Ah! qu'vous êtes bon, qu'vous êtes poli !
C'est comme un rêve, et j 'n'osons pas y croire
BENOIT
Non, Madelon, tu ne dors pas.
UADELON.
J'sens que d'plaisir je n'vas manger ni boire .. Ah I le joli repas I