SCÈNE XVI
BONNICHON, à la table, écrivant; DERSAN. BONNICHON.
Monsieur Dersan!...
DERSAN.
Eh bien ! quelle nouvelle ?
BONNICHON, écrivant toujours.
Je suis à vous.
DERSAN.
Pendant que tu travaillais pour moi, j'ai agi en ta faveur. J'ai vu le directeur des Messageries, il m'a promis qu'on allait en délibérer au comité, et l'on doit envoyer la réponse ici, chez ta nièce.
BONNICHON, se levant après avoir cacheté la lettre.
Ah ! mon généreux protecteur ! croyez que ma reconnaissance et mon zèle... Pour commencer, notre affaire a manqué, la cause de la nature triomphe, et mon neveu est toujours mon neveu.
DERSAN.
J'en étais sûr.
BONNICHON
Mais j'ai déjà rétabli nos aflaires, une autre ruse qui doit
réussir. (Montraut la lettre qu'il vient d'écrire.) Un beaU jeuue
homme, un millionnaire qui me demande, à moi, la main de ma nièce; il faudra bien qu'elle se prononce. Avez-vous là un de vos gens! Holà! quelqu'un!
DERSAN.
Mais que veux-tu faire ?
BOSNICHON.
Je vous le dirai tout à l'heure, (au domestique qui entre.) Tu vas, dans ime demi-heure, remettre cette lettre pour moi chez le portier, afin qu'on me la monte ici quand nous serons tous réunis. Surprise, coup de théâtre, dénouement pathétique et lacrymal ! dépèche-toi.
148 l'oncle D' AMÉRIQUE.
DERSAN.
Explique-moi, au moins...
BONMCHON.
Comment ! Monsieur, vous ne comprenez pas tous les avantages de ma position? Je suis un oncle d'Amérique ou je ne le suis pas ; or, je le suis, donc j'ai le droit de commander.
DERSAN.
Tu vas lui commander de ra'épouser ?
BONMCHON.
Je m'en garderais bien! vous ne connaissez pas le cœur humain; je m'en vais, au contraire, le lui détendre, et vous allez voir... Les femmes! dieux! les femmes!... C'est elle, je l'entends... à votre réplique, et ne vous effrayez pas.