I.E COMTK
Pouviez-vous croire. Monsieur, qu'un piireil motif me déteniiiiierait? La preuve c'est qu'aujourd'hui, vous le «avez, ce mariage était convenu entre nos deux familles. Mais, depuis, j'ai changé d'idée, j'ai d'autres vues sur ma fille; je veux un gendre que je puisse associer à mes pensées, à mes projets, un gendre qui suive avec honneur la carrière que je parcours, qui y brille au premier rang.
CUAVIGM.
Je ne demanderais pas mieux, je ne m'y refuse pas, c'est mon mérite qui ne le veut pas. Je ne suis pas né diplomate, je n'y saurais que faire ; mais il est d'autres carrières... où l'on peut se distinguer.
LE COMTE
Celle-là est la seule que j'estime, la seule que j'honore.
chavigm.
Chacun sou avis. N'entendant rien aux discussions de la politique, j'ai repris l'état militaire. Pour cela il ne faut ni détonr, ni finesse; on a toujours assez d'esprit pour donner ou recevoir un coup d'épée.
Air des Scythes et des Amazones.
J'aime la p:uerrc, et, morbleu! je m'en (latte,
Dans la balance du combat,
La plume d'un bon diplomate A moins de poids que le 1er du soldat. Sur le papier, toujours prêts à combattre. Et toujours prêts à vous exterminer; Vous raisonnez, mais sans jamais vou$ battre ; Nous nous battons sans jamais raisonner.
LE COMTE
C'est un mérite ; mais , par malheur, il n'y en a pas qui soit plus en opposition avec le genre de talent que je voudrais trouver dans mon gendre. Pom* un homme sensé, est-il rien de plus absurde que la guerre? n'est-elle pas, de sa nature, l'ennemie née de la diplomatie? Quelle objection voulez-vous faire à cent mille baïonniîttes? et quel argument opposer à im coup de canon ? C'est l'abus, c'est le triomphe de la force ; où règne le sabre, la pensée est muette, il n'y a plus de civilisation, c'est la Turquie; nous sommes à Alger. Mais, dans le silence du cabinet, par la seule influence du raisonnement.
1i'-2 LE DIPLOMATE.
par d'heureusos et d'habiles combinaisons, mettre un frein i l'ambition, maintenir l'équilibre^ la paix entre les diflércnte puissances, et forcer enfin les hommes à être heureux, san leur mettre les armes à la main et !-ans répandreleur sang, voil ce qu'on ne peut trop admirer, voilà ce qui est beau, ce qu est sublime! C'est le triomphe et l'œuvre du génie.
CHAV1G?<I. ^
Oui , en apparence ; mais que dirait-on si l'on connaissai souvent les causes secrètes ou réelles des plus gi-ands événe ments? Non pas que je veuille enlever à d'habiles ministres à de srrands négociateurs , la gloire qui leur appartient, mai convenez vous-même que, si l'on faisait la part des hasards celle du mérite se réduirait souvent à bien peu de chose.
Air : Comme il m'aimait.
C'est le liasard (bis.) Que l'on doit invoquer sans cesse.
Qui d'un poltron fait un Ctîsar? Qui d'un valt^t fait un richard ' Qui d'un héros fait les prouesses ?
Et qui parfois fait dos Lucrèces?
C'est le hasard.
LE COMTE
Et moi , je soutiens qu'il n'y a point de hasard pour u homme habile, que c'est le talent qui fait tout... Mais qi vient là ? c'est M. de Rhinfeld , le secrétaire des commandi ments, qui a pour moi déjà une amitié à toute épreuve.