‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 2)Chapitre 146 sur 307 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ISABEXLE, CHAVIGNl.

CHAVIGNI

De grâce, un mot encore, ne me condamnez pas sans m'enendrc.

ISABELLE

Non, iMonsieur, laissez-moi. Je ne puis le croire encore; notre bonlieur dépendait de vous seul, et c'est vous qui avez refusé ma main !

CHAVIGNI

Oui, je sens qu'à vos yeux j'ai le plus grand tort; et cependant, vous-même, vous auriez été à ma place, que vous n'auriez pas pu faire autrement ; car, s'il faut tout vous avouer. . . vous ne me trahirez pas... je ne sais rien. isabellf:.

Fil Monsieur, c'est indigne, de vouloir dissimuler môme avec moi, vous qui autrefois étiez la franchise, la vérité même. Je savais bien que la diplomatie vous gâterait... et (ju^me fois qu'on en a l'habitude...

CHAVIGNI

Air de VÉcu de six francs.

Quoi! vous m'accusez d'imposture!

Et quel serait mon iiitôrôt?

Jo vous l'atteste, je le jure, Je ne sais rien, voilà le fait.

Et je n'ai pas d'autre secret. *

Mais dans ces lieux où tout respire L'adresse et la malignité, Pour déguiser la vérité, Je vois qu'il suffit de la dire.

ISABELLE

Et pourquoi. Monsieur, vous être mis dans une semblable position?

, CHAVIGM.

Comme si c'était de ma faute... Je me trouve ici sans savoir comment, et, sans m'en douter, lancé au milieu de tous les événements, comme un incident, comme une parenthèse... trop heureux jusqii'à présent de n'avoir pas fait quelques sottises... ce qui ne peut manquer d'arriver; car je marche au hasard, sans savoir où je vais... et si je réussis, on ne doit pas

m'en vouloir; car je n'aurai élé un grand homme qu'à mon corps défendant.

ISABELLE

Cependant, Monsieur, cette conférence, cette entrevue secrète que vous avez eue co matin avec le prince, et que mon père ne peut s'expliquer..,

CHAVIGM.

Je le crois bien; car moi qui y ai assisté, je ne comprends pas encore ce que nous nous sommes dit. Son Altesse m'a adressé à la hâte quelques compliments sur mon arrivée, sur la mission dont j'étais chargé, et puis m'a remis sur-le-champ ces deux portraits, que voici.

ISABELLE

Vraiment!

CHAVIGNI

Et qu'il ne tient qu'à vous d'examiner. Vous en savez maintenant autant que moi.

ISABELLE

Voyons vite.

CHAVIGNY

Des diamants superbes, et deux jolies femmes, n'est-il pas vrai? Par malheur, je ne les connais pas.

ISABELLE

Je le crois bien... L'une est une parente du roi de Saxe, et l'autre la cou;<ine de notre souveraine. Et pourquoi vous les a-t-on remis?

CHAVIGNI

Je vous ferai encore la même réponse, je l'ignore. Son Altesse m'a seulement dit : Uenielti^z-les à (jui vous saveK. VA comnu' je ne savais |»:is, ils sont restés eiilre mes mains. Mais, d'après ce que vous me dites, je di-viue maintenant (jue c'est un cadeau qu'il voulait faire à nos deux ambassadeurs; parce qu'au fait, le portrait de leur souveraine... Ce présent peut flatter votre père, lui être agréable... cela pourrait peut-être nous reihettre bien ensemble... Daignez vous en cliargor,et dites-lui que c'est moi , moi-même, qui, de la part du prince, lui envoie ce portrait.

ISABELLE

J'y vais à l'instant. Mais vtms me promettez bien que vous n'êtes diplomate que par lia>ard, et sans que cela tire à conséquence.

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