‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 2)Chapitre 172 sur 307 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

que ni vous ni moi puissions jamais y atteindre; et ce que nous avons de mieux à faire, c'est de les respecter sans les comprendre.

FRÉDÉRIC

te vois, d'après votre raisonnement, que votre tuteur a un genre de mérite incompréhensible, et je le croirais assez d'après les bruits qui courent dans le monde.

MISS MILNER

Des bruits sur lui ! et que peut-on dire ?

FRÉDÉRIC

Quoi ! vous ne le savez pas? On dit que ce grave tuteur, cet homme si admirable, qui tient de la perfection et presque de la Divinité, est amoureux comme un simple mortel.

MISS MILNER

Amomeux ! et de qui ?

FRÉDÉRIC

Dans ces cas-là, on ne sait jamais au juste, parce que souvent les personnes elles-mêmes n'en sont pas bien sûres; mais on cite surtout miss Arabelle, cette jeune prude si sévère et si froide.

MISS MILNER

Miss Arabelle ! ce n'est pas possible. Oubliez-vous, Monsieur, que lord Elmvood est engagé dans l'ordre do Malte, et que les vœux (ju'il a prononcés l'empêchent de jamais se marier?

FRÉDÉRIC

Je le sais conryue vous ; mais cela n'empêche pas d'être amoureux et de s'occuper d'une jolie i'emine.

MISS MI1.NER

Comment! vous pensez que miss Arabelle?..

FRÉDÉHIC

Franchement, je le croirais assez; une prude a des attraits pour un sage : en l'aimant , il croit encore aimer la vertu, et c'est commode pour les principes. Du reste, lord Elmvood ne perd pas une occasion de louer miss Arabelle , et de la citer partout comme un modèle à suivre.

MISS MII.NER. *

11 est vrai?

FRÉDÉRIC

Au point qu'il approuve en elle ce qu'il blâme dans les au très. Tenez, aujourd'hui, par exemple, cette fête brillante ou

l'on VOUS défend d'assister, elle y sera, et certainement lord Elmvood trouvera cela tout naturel.

MISS MILNER

Vous croyez?

FRÉDÉRIC

Tandis que vous, il vous est défendu de vous amuser ; vous êtes sa pupille. Et si vous saviez cependant de quels plaisirs il prétend vous priver ! Ce spectacle si varié et si piquant, ce monde , cette foule , ces riches landaux, ces brillantes cavalcades qui entourent votre char et qui vous servent d'escorte; cette arène magniûque, où mille femmes viennent disputer le prix des grâces et de la parure, et où vous verrez tous les )'egards vous chercher et vous proclamer la plus belle!

Miss MILISER.

La plus belle ; c'est pourtant bien séduisant, surtout si miss Arabelle y doit être.

Elle y sera, je vous le jure; car elle l'a promis à lady Seymour. Ces dames doivent s'y rencontrer.

Miss MILNER.

Eh bien! j'irai, j'irai aussi, quand je devrais forcer mon tuteur à m'y accompagner; je vous le promets maintenant.

FRÉDÉRIC

Et maintenant je suis le plus heureux des hommes. Je coms prévenir lady Seyraour, et je reviens à l'instant, (u sort.)

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