SCÈNE xn
jours dit ; et sans les caprices , sans les inconséquences de Mademoiselle, le plus honnête homme d'Angleterre ne serait pas exposé à aller aujourd'hui se couper la gorge avec un étourdi.
MISS MILNER
0 ciel ! que dites-vous ?
SANDFORT.
Eh bien! oui, c'est plus fort que moi, je ne veUx pas me taire. Tel que vous le voyez , il va dans l'instant même se battre avec lord Frédéric.
MISS MILNER
C'est fait de moi. Je me meurs.
ELMVOOD.
Sandfort! elle se trouve mal.
SANDPORT, allant à elle.
Eh non ! morbleu ! eh non ! il ne s'agit pas de cela; il faut le détourner de ce dessein , il faut qu'il y renonce ! il faut qu'il nous donne sa parole , et encon^ il nous la donnerait que je n'y croirais pas, car je n'ai plus de confianre en lui ni en son caractère. Lui qu'engagent des vœux sacrés et solennels ! lui, un chevalier de Malte , aller se battre pour Une femme!
MISS MILNFR.
Grand Dieu! c'est pour sa pupille?
SAISDFORT.
Et pour qui donc? à coup sûr ce n'est pas pour moi. Mais s'il est sourd à mes prières, s'il résiste à notre amitié, j'ai mon projet, je saurai bien l'eil empêcher, (a miiord Eiiuvood.) Milord, je ne vous quitte pas, je vous suivrai partout, je m'attache à vos pas ; je me mettrai entre vous deux, et si je suis tué, vous penserez quelquefois à votre vieux précepteur et à la dernière leçon qu'il vous aura donnée.
MISS MILM-IR, joignAut les inuiiis.
Monsieur Sandfort, monsieur Sandfort, je vous demande pardon d'avoir jamais pu vous Oftenser.
SAJiDPOhT.
Eh! il n'est pas question de pardon, il faut qu'il nous reponde. (Regardaut par la fenêtre.) I)ieu ! lord Frédéric qui entre dans le jardin. (AUaut à lurd Eimvood qui veut Bortir.) .Milord, vous ne sortirez pas d'ici.
F.T-MVnOD.
Mes amis, mes chers amis, un instant de réflexion vous prouvera à tous deux qu'il est impossible que ce combat n'ait pas lieu. Mais pourquoi d'avance vous alarmer? considérez combien il y a peu de duels vraiment funestes.
MISS MILNER
Quelles qu'en soient les suites, c'est moi, milord , c'est moi qui serai éternellement malheureuse; car j'aurai été la cause de ce combat, et s'il renversait toutes mes espérances , s'il devait me donner le coup de la mort, ne renonceriez-vous pas à ce cruel dessein?
ELMVOOD.
Que dites-vous?
MISS MU.NER
Qu'il est quelqu'un au monde qui possède mes plus chères affections ; l'idée seule que ses jours sont menacés me ferait tout sacrifier; et s'il faut vous avouer enfin un amour que je n'ai pu vaincre...
ELMVOOO.
Achevez.
Ah ! J'en rougis de honte ; mais les dangers rendent cet aveu nécessaire, j'aime...
SANDFORT.
Eh qui donc, malheureuse?
MISS MILNER
Lord Frédéric.
SANDFORT.
Eh bien! qu'est-ce que je vous disais ce matin? et que de peine n'a-t-il pas fallu pour le lui faire avouer?
EI.MVOOD.
Je ne vous cache pas, miss Milnor, que je suis profondément aflecté de tant de ruses et de tant de contradictions , moi qui tout à l'heure encore vous suppliais de me dire la vérité.
MISS MILNER
Je ne suis pas digne de votre amitié, Monsieui', et dès ce moment , abandonnez-moi.
ELMVOOD.
Non, pas en ce moment; car grâce à vous, je coiuiais eiilin le moven d'assurer votre bonheur : oui , Madeiuoisello , je
SfiENE xiir.
vous promets, d je ne vous tromperai pas, quoique vous m'ayez si souvent trompé vous-même, que dès ce moment lord Frédéric ne court aucun danger : au pri\ du monde entier, je ne voudrais pas maintenant mettre ses joins en péril. Vous pouvez, Sandtort, me laisser sortir; je vais le trouver, et j'espère que vous serez tous contents de moi. Adieu.