SCÈNE XV
MISS MILNER
Je suis bien coupable, sans doute; mais je soufire, et je n'ai plus d'amis;je n'en avais qu'un, et il ne m'est pas permis de lui îonfier mes peines. 11 ne me reste donc que vous, mon bon moniieur Sandfort! soyez mon guide, mon conseil; que dois-je faire?
SANDFORT.
Pauvre jeune fille ! vous êtes venu à moi dans le jour de l'affliction, et je ne tromperai point votre confiance. Quoique ;e soit la première fois que je sois consulté dans une pareille iflairo, il me semble qu'il faut de la franchise avant tout; et )uisque vous aimez lord Elmvood, eh bien! dites-le-lui.
Y pensez-vous? un pareil aveu... plutôt mourir de honte.
SANUFOKT.
C'est juste, cela ne se peut pas : cela ne serait pas convelable; mais pourquoi l'aimez-vous? 11 n'y aurait qu'un moyen, ;'est de faire cet aveu à lord Frtîdéric.
MISS MILNER
C'est encore pis : après ce qui s'est passé, il croira que l'on 'est joué de lui, et ce duel que je voulais empêcher sera mainenant inévitable, ce sera un combat à mort.
SANDIORT.
Vous avez raison, il y va de ses jours; mais alors je vous lemantlerai encore, pourquoi l'aimez-vous? est-ce donc une hose si difficile? que diable! on se raisonne, on se dit : Je n'y lois plus penser ; et on n'y pense plus.
MISS MILNER
Monsieur Sandfort, vous n'avez jamais aimé.
SANUFOHT.
C'est vrai, et je m'en félicite; car cela m'a permis au moins e conserver quelque rectitude dans le jugement, et quelque uitc dans les idées. Or, voici mon raisonnement : Si lord llmvood était resté dans l'ordre de Malte, s'il n'avait pas été égagé do. ses vœux , vous auiùez fini par renoncer à lui , et ous auriez épousé Frédéric.
MISS MILISER.
Je ne sais; cela se peut.
SANDFORT.
Eh bien ! ce sacrifice, que la nécessité vous forçait de faire, liles-le de vous-même, mais sans autre mobile que votre géérosité, ({ue le seiitiraent de vos devoirs; dites-vous, pour
212 SIMPLE UISIOIRE.
mieux vous y décider, que vos goûts, vos humeurs, votre ca ractère, ne conviennent peut-être point à lord Elinvood; dite: vous que peut-être vous n'auriez pas fait son bonlieur.
MISS MIL^ER
C'est que je crois que si.
SANDFORT.
C'est égal, il faut vous dire le contraire; il faut vous dii surtout que ce généreux sacrifice vous acquitte envers lui d tout ce que vous lui devez ; que voiis lui conservez l'honneui" que vous lui sauvez la vie.
MISS MILNEK.
Air : Ainsi que vovu, je veux, Mademoiselle.
En m'ofi'rant une telle idée, .
Vous m'enchaînez, et pour toujours :
Oui, ce seul mot m'a décidée.
Je me tiiirui pour conserver sus jours. Je cacherai mon trouble extrême.
J'en aurai la force aujourd'hui !
Vous ne voulez pas que je l'aime.
J'y consens... par amour pour lui.
SANDFORT.
Voilà encore de ces raisonnements qui ne sont pas à n portée; mais c'est égal, c'est bien; vous en serez roconjpens( par la paix de 1 ame que vous retrouverez , par votre prop: estime.
MISS MILNER
Obtiendrai-je la vôtre? c'est tout ce que je demande.
SAINDKORT.
Si je vous l'accorde ! écoutez-moi, miss Milner, vous pouv maintenant me fâcher, me contrarier, me poursuivre comn autrefois de vos railleries ; je vous permets tout ; je vous pa donne tout; car vous avez en moi un ami véritable, et si j mais... C'est le bruit d'une voiture.
MISS MU.NKR.
Ah! mon Dieu! serait-ce lord Klmvood? je suis toute trer blante.
SAISDFORT.
Non, non, rassurez-vous; ce 'n'est que lord FréJéric; c'c Celui-là, par exemple, (|iie nous devons détester, c'esl-à-di pas vous, c'est votre mari, et vous devez l'aimer; mais m