SCÈNE IX
LE COMTE, SAINT-JEAN
LE COMTE, entrant par le fond.
Saint-Jean!
SAINT-JEAN
Eh bien! monsieur le comte, notre petite expédition?
LE COMOTE.
Elle a réussi.
SAlNT-JEAN.
Ah! et le jeune Frédéric?
LE COMTE
II est là, dans l'appartement voisin.
SAINT-JEAN
A merveille! En l'interrogeant adroitement, il nous sera facile... (a part.) Car, avant tout, il faut le prévenir, (Haut.) et si monsieur le comte le veut, je vais le faire entrer.
LE COMTE
Non, non, je n'ai plus besoin de toi; li.w ituimani une iwurse.]
StlÈNE X. '231
voilà trente piastres; tu sais ce que je t'ai dit ce matin, tu peux t'en aller.
SAINT- JEAN, déconcerté.
Comment, Excellence ! après le service que je viens de vous rendre!..
LE COMTE
Je te le paye, nous .'sommes quittes; mais pour d autres raisons, à moi connues, je ne veux pas que tu remettes le pied cljez moi ; je l'ai même fait consigner à la porte, ainsi va-t'en.
(il va s'asseoir auprès de la table.)
. SAINT-JEAN, à part.
Oh! maledelto! Impossible de prévenir ce jeune homme... il va tout gâter.
LE COMTE, életant la voix.
Vous m'avez entendu, monsieur Saint Jean?
SAINT-JEAN
J'obéis, monsieur le comte, j'obéis, (a part.) Ma foi, qu'il s'en tire comme il pourra, jusqu'à ce que j'aie trouvé quelque
moyen de le secourir, (il sort du même côté que Zaoetta.) Lie COMTE, seul.
Ah ! voici notre jeune homme ; (souriant.) il doit être furieux. SCÈNE X.
LE COMTE, FRÉDÉRIC, suivi de deux valet».
FRÉDÉRIC, avec colère.
Morbleu! m'enlever ainsi de chez moi, sans me dire un seul
mot, sans daigner m'expliquer... (Le comte fait sigue aux valets de se retirer. Frédéric se tournant du côté du comte.) Saurai-je eufin cheZ
qui je suis ?
LE COMTE , se levant et allant à Frédéric.
Chez moi. Monsieur.
FRÉDÉRIC
Dieu ! le comte d'Aranza ! le père de celle que j'aime !
LE COMTE
Je vois que vous ne pouvez me pardonner la manière un peu brusque dont je vous ai forcé à me rendre visite.
FRÉDÉRIC
Moi, Monsieur! (a part.) C'est tout ce que je désirais; je ne cherchais qu'un moyen de me présenter.
238 l'ambassadeur.
LE COMTK.
Je VOUS prouverai bientôt que j'avais le droit d'agir ainsi : en attendant, je vous prie de m'écoutor. Vous serez traite ici avec tous les égards que vous méritez ; vous mangerez à ma table, vous serez servi par mes gens; mais vous ne verrez personne et n'aurez d'autre société que la mienne et celle de ma fille.
FRÉDÉRIC , avec joie.
Quoi! Monsieur.
LE COMTE
Toutes vos réclamations sont inutiles; j'ai ordre de vous surveiller, et vous ne me quitterez pas; ainsi vous pouvez tout avouer, et reprendre votre véritable nom.
FRÉDÉRIC
Mon nom! je ne prétends pas le cacher; je suis Frédéric de...
LE COMTE, l'interrompant.
Je vous ai dit, Monsieur, qu'il n'était plus temps de feindre, et j'exige maintenant que vous me disiez la vérité.
FRÉDÉRIC, à part.
Pour rester ici je dirai tout ce qu'il voudra. (Haut.) Mais je vous demanderai, Monsieur, ce qu'il faut vous avouer?
LE COMTE
Que vous êtes le fils du marquis d'Aveiro , mon ancien ami.
FRÉDÉRIC
Du marquis d'Aveiro!... quoi! Monsieur, vous exigez?...
LE COMTE
Oui, Monsieur.
FRÉDÉRIC
Je nô puis pas alors vous dire le contraire.
LE COMTE
Le bel effort! croyez-vous que je l'ignorais? plus tai'd, jeune homme, nous parlerons de vous, de votre père, du chagrin que vous lui causez.
FRÉDÉRIC
Moi, Monsieur!
LE COMTE
En attendant, je ne vous demande qu'une chose : un noble Castillan n'a que sa parole; promettez-moi, sur l'honneur, de ne pas vous échapper de cette maison.