‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 2)Chapitre 234 sur 307 · EDOUARD, SUZETTE · texte numérisé non relu

EDOUARD, SUZETTE

EDOUARD

Adieu, mon brave. En voilà un qui est bien le meilleur soldat et le plus mauvais garde-malade que je connaisse.

SUZETTE

Comment vous trouvez-vous?

EDOUARD

Mieux, depuis que je suis ici.

SUZETTE

Eh bien! ne parlez pas, je vais travailler auprès de vous, ou bien je vous lirai, si vous l'aimez mieux. (Elle prend une

chaise, se place à la gauche d'Edouard, et se met à travailler.) EDOUARD.

Comme tu voudras.

Air : Ainsi que vous, je veux, Mademoiselle. D'autre docteur il n'est pas nécessaire.

SUZETTE

Je serai le vôtre aujourd'hui.

Il faut rester et tranquille, et vous taire. C'est mon arrêt, et je l'ordonne ainsi, Pour vous forcer au repos, au silence,

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270 LE MARIAGE Dl. RAISON.

Je reste là.

EDOUARD

Moyen très-incertain; Car je suis sûr d'oublier l'ordonnance En regardant le médecin.

SUZKTTE, allant prendre sur le guéridon, à gauche, la tasse, qu'elle présente à Edouard.

Ne regardez pas. Monsieur, et prenez ce que je vous donne.

EDOUARD

Eh mais ! Suzette, comme ta main tremble !

SLZETTE.

Oui, oui; je craignais de renverser, (pendant qu'il boit.) Cela vous fait du bien, n'est-ce past, cela doit vous calmer, vous

rafraîchir, (au moment où elle veut preudrc la soucoupe, Edouard saisit s« main qu'il porte à ses lèvres.) Eh Uiais! que faiteS-VOtlS? EDOUARD.

Ne m'est-il pas permis de te remercier?

SUZETTE

Edouard, Edouard, finissez; vous voulez que je m'en aille"!

(Elle s'éloigne de lui , et s'avance sur le bord du théâtre.) EDOUARD, se levant et allant à elle.

Suzette, n'es-tu pas la fille adoptive de ma mère? n'e.s-ti pas ma sœur? n'avons-nous pas été élevés ensiunble? Antre fois tu ne te défiais pas de mes cai'esses; à présent elles te fon de la peine.

SUZETTE

A moi? ce ne serait rien, peu importe; mais c'est à vou qu'il faut penser. Vous souflr-'Z, vous êtes mal.ide. Hier, avoi: suivi cette chasse pendant cinq heures, et puis danser à ce ba une paitie de la nuit. Vous nèles pas raisonnable; vous ni vous ménagez pas, vous mourrez.

EDOUARD

Eh bien! tant mieux; c'est ce que je veux, c'est ce que ji désire. Ici, comme à Paris, ces folies, ces plaisirs extravagant aiLvquels je me livre, me sont devenus nécessaires; j'en a besoin potu' m'étoiu'dir, poiu' ne pas rester seul avec moi même; car je soullie liop, je suis trop malheureux.

SUZETTE

Vous, malheureux! quelle peut en être la cause?

EDOUARD

Toi seule.

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