I . M. DE BREMONT
Eh bien ! après?
BERTRAND
Après : c'était pour vous dire , que je suis le tils d'un de vos fermiers, que je suis parti conscrit, que je ne vous ai jamais quitté, et que je vous dois tout; c'ust vous qui m'avez mis au feu; c'est vous qui m'avez nommé caporal, puis sergent; c'est vous, mon général, qui, en Rus&ie, et quand je tombais de froid, vous avez ôté votre manteau pour en couvrir le corps de votre soldat. Aussi , maintenant, quand je vous vois une attaque de rhumatisme, ce qui vous arrive tous les mois, j'aimerais mieux sentir la pointe de mille baïoimtttes.
»M. Db URI::M0M'.
■ Eh bien! enfin où veux-tu eu venir?
BERTRAM)
J'en veux en venir à vous apprendre que je suis chez vous logé, nourri, hébergé , de l'argent dans ma poche, le verre d'eau-de-vie à discrétion, et le cigarre à volonté : c'est ce qui fait que je n'ai besoin de rien, et que je n'ai rien à vous demander.
M. DE BREMONT
Que diable me disais-tu donc tout à l'heui-e?
BERTRAND
Permettez : quand je dis que je n'ai rien, c'est que j'ai quelque chose; im bon conseil qu'il me faudrait; mais j'aurais à reprendre cela de trop haut; et comme je vois que vous étiez occupé...
M. DE BREMONT
Eh oui, morbleu! mais n'importe, parle toujours, puisque
nous y voilà.
BERTRAND
Du tout , mon général; j'ai bien attendu deux ans, je peux aller encore; et puisque ma présence vous dérange, (it \eut se
retirer.)
276 LK MARlAflE DE RAISON.
M. DE ItRKMONT, le retenant.
Au contraire, tu arrives à propos, car j'ai besoin de toi. (ii s(
lève.)
BERTRAND, revenant.
Il se pourrait, mon général! alors ne pensons plus à mor idée, et voyons la vôtre.
Je crois , en effet, que nous aurons plus tôt fini, car tu n'abordes pas les sujets de conversation aussi spontanément qu'au, trelbis les Autrichiens.
BERTRAND, froidement.
Aujoiu-d'hui . je ne dis pas; ça se peut bien à cause de mi jambe.
M. DE BREMOM.
Eh! qui diable te parle de cela? voici de quoi il s'agit. Moi fils ne fait rien ici, il perd son temps; je veux l'éloigner, o1 je vais l'envoyer voyager en Italie, à Naples, en Grèce s'il k faut.
BERTRAND, froidement.
Comme mon général le voudra.
>!. DE BREMONT
C'est encore un secret; mais je veux qu'il parte, non pas demain, mais aujourd'hui, et dans quelques heures.
BERTRAND
Je ne m'y oppose pas.
M. DE BREMONX.
Des affaires personnelles, des ordres supérieurs me retiennent en France. Il me faut auprès de lui quelqu'un en qui j'aie autant de confiance qu'en moi-même. Ce n'est pas un serviteur qu'il me faut, car Jacques et Guillaume l'accompagneront : ce que je veux avec lui, c'est un ami, et j'ai pensé à toi.
BERTRAND, vivement.
Milzieux ! mon général !
Tu acceptes donc?
BERTRAND
, C'est-à-dire, général, ça me rendra bien heureuxj ce n'est pas que, pour le moment, ça me vexe.
M. DE BREMONT
Et pourquoi?