ACTE II, SCÈNE VIII
Tii ne l'ai mes pas... d'amour; c'est bien aisé à voir, et je m'en suis aperrue au premier coup d'œil ; mais il n'y a pas de "mal, c'est ce qu'il faut : ça n'en ira que mieux,
SUZETTE
Comment, madame Pinchon?
MADAME PINCHON
Entre femmes , entre cousines , on peut tout se dire ; et je t'avouerai que moi aussi, quand je me suis mariée, je n'avais pas d'amour pour M. Pinchon. Oh! mon Dieu, pas un brin; et d'un autre côté je ne manquais pas d'amoureux, et de bien gentils. Mais les amoureux, vuis-tu bien, ça n'est que pour durer un instant; les maris, ça dure toujours. Il faut donc, en fait d' ça , choisir du bon et du solide , parce qu'une fois pris, on ne peut plus en changer, et c'est ce que j'ai fait. M. Pinchon n'était pas un élégant, mais c'était un brave garçon; c'était surtout un bon caractère; j'ai son amour, sa confiance, c'e>t moi qui commande, qui ordonne, qui fait tout dans la maison; chaque jour je me félicite d'avoir un si bon mari. Eli bien! Beitrand vaut encore mieux, si c'est possible.
SDZETTÈ.
N'est-il pas vrai?
MADAME PINCHON
11 a autant de bonnes qualités, et plus de mérite encore, plus de considération; c'est un brave militaire, c'est l'iionneur du pays, et jamais on ne s'aviserait de manquer à lui et aux siens. Faut voir seulement quand il passe dans fe village, comme tout le monde met la main à son chapeau, en disant: « C'est M. Beitrand. » Et l'autre jour, à la ville, où je lui donnais le bras, comme les factionnaires lui portaient les armes! comme j'étais iièie, en disant : «C'est mon cousin ! » Eh bien! toi, tu diras : ti C'est mon mari! « Et chez toi, dans ton intérieur, en voyant combien il te rend heureuse, tu feras comme moi; cet amour que tu n'avais pas, viendra peu à peu, peu à peu.
Air : T'en souvien$-tu?
Dans mon ménage, et saiis 1' vouloir peut-être, Ji! fais iiai'fois enrager mon mari; Et si iioiirtaut 1' moiudr' dangi r iiouvait naître, Sans liésiter, j' donn'rai» mes jours pour lui.
Car je lui dois c' bonlieur que rien n' rachète. Mes deux garçons, ma fille... et dans queuq' temps. Ainsi que moi tu le sauras, Suzette, On aim' toujours le pèr' de ses enlants.
KDOUAUD, entr'ouvraut le paraveat.
Maudite femme ! elle ne s'en ira pas.
SUZETTE, réfléchissant.
Comment, cousine, répète-moi ça, je t'en prie.
MADAME PINCHON
A la bonne heure, voilà que tu me tutoies aussi.
SLZETTE.
Tu n'aimais pas ton mari?
MADAME l'INCHON.
Demande-lui plutôt.
SUZETTE
Mais au moins tu n'en aimais pas un autre, tu n'aimais personne.
MADAME PINCHON
Eh ! eh ! je ne voudrais pas en jurer.
Air ; Ce que j'éprouve en vous voyant.
C'est mon secret : j' veux bien tout bas
T'en faire ici la confidence ;
Mais .'iurtout garde le silence ;
Car Pinchon ne s'en doute pas.
Mon mari ne s'en doute pas.
Vois-tu bien, en pareille affaire.
Sur r passé n' faut pas revenir, ^ On n' pouvait pas le garantir :
C'est déjà bien assez, ma chère.
De répondre de l'avenir.
Je crois donc que j'aimais un jeune homme bien gentil j seizi ans tout au plus.
SUZETTE
Quelqu'un du village?
MADAME PINCHON
Mieux que cela; quelqu'un du château. Tu ne le diras i! personne; le lils de M. le comte, M. Kdouard. (lùiouard. qui avaii
avancé «a tète hors du paravniit, la relire vivemeut.) SUZl'.rTE, à pari.
Ocicl! comme moi! et je ne m'en suis pas aperçue. (Haut, e •Ttc éntotion.) Et lui uc t'aimait pas?