ACTE II, SCÈNE VIII
MADAMR PINCHON.
Au contraire; comme un fou, à en perdre la tête. Il me poursuivait partout, disait qu'il n'avait jamais éprouvé d'amour pareil.
SUZETTE, à part.
Comme moi.
MADAME PINCHON
Et qu'il m'aimerait toujours; et puis il pleurait, il se désespérait, et se jetait à mes pieds.
SUZETrE, à part.
Comme aujoiird'hui.
MADAME PINCHON
Et un jour enfin... je ne sais plus au juste ce qu'il me demandait; car il demandait toujours, et il était très-exigeant : il s'écria que si je le refusais, il allait se tuer.
SUZETPE, à part.
0 ciel! comme tout à l'heure. (Haut.) Et qu'en est-il arrivé?
MADAME PINCHON
Je n'en sais rien. Je me suis enfuie tout effrayée, parce que j'ai toujours eu peur des armes à feu; mais ce que je sais, c'est que j'ai épousé M. Pinchon , et qu'il n'en est pas mort.
SUZKTTE, avec douleur.
11 te trompait donc ?
MADAME PINCHON
Lui!...oli! mon Dieu non! le pauvre garçon était de hoime foi, et il m'aimait autant qu'il [louvait aimer. D'abord j'étais sa première inclination ; mais ça ne pouvait nous mener à rien ; il ne pouvait pas m'épouser : il a pris son parti, et moi le mien. 11 s'est consolé ; c'est ce qui aiTive toujours.
SUZETTE
Tu crois?
Par exemple, une chose dont je suis bien sûre, c'est que depuis il m'est resté iidèle. 11 ne me rencontre pas de fois qu'il ne me dise des mots de tendresse... sans conséquence.
SUZETTE
Comment! il oserait...
MADAME PINCHON
Avant-hier encore, il a couru après moi dans le jardin; il m'a embrassée... toujours sans conséquence. Mais ce r.iatin, il voulait que je vinsse dans ce paVillon pour régler les comptes
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de la ferme, et ce Pinchon qui le voulait aussi; mais ça, c'est dilTérent.
Air : De sommeUlcr cncor, ma chère.
On ne sait pas, dit la prudence,
Ce qui peut arriver; aussi , J'ai refusé par pr('voyance.
Non pour moi, mais pour mon mari.
Pauvre garçon, lorsque j'y pense.
Si jamais il était trahi...
Je l'aime tant qu'en conscience.
Ça m' f'rait trop de peine pour lui j
parce que, vrai... il ne mërite pas ça; et tiens, tiens, le voilà,
ce brave et honnête homme. (Suzelte et madame Pinchon vont au-devant de Pinchon, qui entre en ce moment.)
EDOUARD, ouvrant le paravent et apercevant Pinchon.
Allons, encore un autre; impossible de s'en aller; ils me
feront rester là jusqu'au soir. (U se cache derrière le paravent.)