‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 2)Chapitre 273 sur 307 · ACtE II, SCÈNE ÏX · texte numérisé non relu

ACtE II, SCÈNE ÏX

SUZETTE

Ah! mon Dieu!

Madame piischon, à Suzette.

Hé bien ! qu'as-tu donc? Comme te voilà pâle!

SUZETTE

Oui, je souftre, je souftre beaucoup, mais je te remercie : je vous remercie tous deux : nous ne nous quitterons plus ; vous seuls êtes mes véritables amis.

PINCHON

Eh ! mais sans doute , vous et votre mari ; cela va sans dire, cai' les amis de ma femme sont toujours les miens.

MADAME PINCHON

N'est-ce pas? Tu vois que je l'élève dans les bons principes,

SUZETTE

Venez, venez; sortons de ces lieuj:; allons retrouver tout le monde.

PINCHON

C'est ça. Allez toutes les deux; moi, je reste ici, parce que j'attends Bertrand, qui doit venir m'y reti'ouver.

SUZETTE, à part.

Grands dieux! (Haut.) Je reste alors; je reste aussi, (a part.) Que devenir, et comment le renvoyer? (Elle passe du côté dn paravent.)

PINCHON , exanainant l'intérieur du pavillon.

Savez-vous que c'est gentil ce pavillon? c'est joliment décoré! C'est donc là le présent de noces de M. le comte? ça et les trente arpents qui en dépendent?

MADAME PINCHON

Oui, sans doute.

PINCHON, pasBant entre les deux femmes.

Et rien avec? rien de plus?

SUZETTE, avec impatience.

Non, vraiment.

PINCHON

Eh bien ! ce n'est guère , et je croyais qu'à cause de Bertrand, il ferait mieux les choses, parce que certainement, après ce qu'il lui doit, après ce dont j'ai été le témoin...

MADAME PINCHON

Quoi! qu'est-ce que c'est? qu'est-ce que tu as vu?

PINCHON

Rien, rien, madame Pinchon ; c'est quelque chose qui nous regarde, nous autres hommes, quelque chose que je sais.

MADAME PINCHON

Et comment alors se fait-il que je ne le sache pas? tu as donc des secrets pour moi? je n'ai donc plus ta confiance?

PINCHON

Mais si, madame Pinchon; mais ce n'est pas mon secret, c'est celui de Bertrand.

MADAME PINCHON, montrant Suzette.

Eh bien, alors, voilà sa femme qui a le droit de le connaître, parce que certainement tu ne voudrais pas troubler leur ménage. 11 faut donc qu'elle sache tout, et moi aussi.

PINCHON

Mais, ma femme...

MADAME PINCHON

C'est dans l'ordre, c'est convenable.

PINCHON

Mais je te dis...

MADAME PINCHON

Et puis, je le veux.

PINCHON

Alors, si c'est comme ça, je vais te le dire, mais Bertrand S( fâchera.

MADAME PINCHON

Ça nous regarde, va toujours.

PINCHON

C'est donc, il y a deux ans, quand j'ai été à Strasbourg pou la succession de ton oncle; M. Edouard y était en garnison, e Bertrand y était parti «[uelques jours après pour le rejoindre parce que M. le comte lui availdit : « Ne quitte pas mon fils veille sur lui ; je te le confie. » Je vois donc, un matin, Ber trand entrer dans mon auberge paie et défait. « J'arrive, mi dit-il ; je vii-ns, dans un café, d'en apprendre de belles : demaii

M. le comte n'aïU-a plus de fils. » (pendant le récit de Piuchon

Kdouard se montre hors du paravent, et écoute avec la plus graudc attention.

SUZETTE

0 ciel!

PINCHON. Oui, Mademoiselle, M. Edouard devait se battre le lendt>niaii avec un monsieur de la ville, un monsieur qui avait déjà ei

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