‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 2)Chapitre 274 sur 307 · ACTE II, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IX

juinze duels, qui n'avait jamais manqué son homme, et qui îtait toujoiu's sûr de son coup; et tout cela pour une petite lanseuse à qui, depuis deux ans, M. Edouard faisait la cour.

Éduuard , en ce moment , se retire encore derrière le paravent.) MADAME PI>CHON.

Depuis deux ans! quelle indignité! C'était de mon temps.

PI!NCH0N.

Quoi! qu'est-ce que c'est?

MADAME PINCHON

Ça ne te regarde pas ; va toujours, et achève ton récit.

PINCHON

(t Pinchon, me dit Bertrand , ce duel a lieu demain matin : il faut l'empêcher aujourd'hui , et sans qu'on le sache, parce juc ça ferait du tort à notre jeune maître. Par bonheur, ni lui ni personne ne connaît encore mon arrivée à Strasbourg : j'aurai besoin de toi. Attends-moi là; je reviens dans une Heure. »

MADAME PINCHON

Hé bien ?

PINCHON

Hé bien ! savez-vous ce qu'il fait pendant ce temps-là? il se rend au café où se tenait ce grand monsieur, le regarde de travers, lui marclie sur le pied, en reçoit un soufflet, et récrient tout triomphant. « Maintenant, me dit-il, partons; c'est mon affaire; ça me regarde; c'est toi qui seras mon té- [noin. »

Toi, Pinchon !

PINCHON

Moi-même; et je tremble encore d'y penser. Dieu, ma femme , que c'est terrible un duel !

Air : Ces postillons sont d'une maladresse. A trente pas l'un sur l'autre on s'avance , Et Bertrand marchait tout joyeux,

En fredonnant un petit air d' romance,

I^^L Quand retentit soudain un coup... puis deux... '^f Je ne vis rien, car je fermais les yeux.

Tel fut mon trouble en ce moment funeste, Qu'en entendant un des témoins, je croi, Qui s'écriait : « Il est mort, je l'atteste, » J'ai cru que c'était moi.

Mais c'était Tantre, le grand. Je vois aussi Bertrand étendi sur le gazon, qui m'appelait en souriant, et me montrait Si pauvre jambe. «Pinchoii, qu'il me dit, n'en parle à per sonne, w Personne ne l'a su. On a cru que c'était un acci dent; et voilà. Mademoiselle, ce qui fait que mon pauvre Ber trand a une jambe de bois

EDOUARD, qui, pendant ces derniers mots, s'est avancé hors du paravent

Grand Dieu !

SUZETTE, avec un cri d'effroi- Ah! (Edouard rentre et se cache.)

MADAME PINCHON

Quoi! qu'est-ce que c'est? d'où vient ce bruit?

SUZETTE

Rien, rien, c'est moi; je n'ai pu retenir un cri de surpris et d'admiration. 0 le meilleur des hommes! Tu avais raison je l'aime maintenant , je l'aime d'amour.

MADAME PINCHON

Eh bien ! tu l'entends ; tu pourras lui dire à lui-même, (piu

chou et sa femme vont au-devaut de Bertrand. Pendant ce temps, Édouar ouvre le paravent, qui est près de la croiàée ; il est pâle, hors de lui, et d

à voix basse à suzette.) Suzcttc, aimez-le j adieu pour toujours

(il s'élance par la croisée.)

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