‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 2)Chapitre 289 sur 307 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

MINETTR.

Qui m'appelle? C'est mon maître, c'est Guido. (eiic lui tend la

maiu.)

GUIDO

Elle n'a pas oublié mon nom, (prenant sa main.) Ah! je la reconnais ! Dieux! que c'est doux!

M1>ETTE, le regardant.

0 prodige! comme lui je marche, comme lui je parle ; mille sentiments nouveaux arrivent en foule là (Montrant sa tète.) et

puis là... (Mettant la main sur son cœur.) Ciel! qu'cst-Ce que je Sens?

comme il bat. Guido, Guido, qui suis-je donc?

GCIDO, l'admirant.

. Ce qu'il y a de plus joli au monde, une femme, une ATaie femme, du moins je le crois. • ' ■ •■'

MINETTE

Moi, une femme! quel bonheur!

GUIDO

Oui, sans doute. Voilà ce que je demandais tous les jours au ciel. Allons-nous Ôlre heureux ensemble! Tout ce que tu souhaiteras, tout ce qui pourra te plaire... (voyant qu'elle regarde autour d'elle.) Parle, que veux-tu? quelle est la première chose que tu désires?

MINETTE

Un miroir.

GUIDO

Comment! ah! c'est juste. (Allant à la table.) Sen'ons d'abord

mon précieux talisman, (il met le talisman dans le coffre, et va après cela prendre uu petit miroir.)

MINETTE

J'ai tant envie de me connaîtrci Eh bien !.. Air '."Aussitôt que je t aperçois.

GUIDO

Ah ! dans le bonheur de te voir Mon Ame était plongée!

(Il lui présente un miroir.) ^ MINETTE, atec empressement.

Donne donc vite ce miroir.

(Se regardant.) Dieu! que je suis changée !

(Faisant des uiiues,) iVIais c'est éi/al.

332 LA CHATTE .MÉTAMORrHOSÉ£ EN FEMME.

Ce n'est pas mal.

(Arec crainte et regardant derrière.) Mais est-ce moi Que j'aperçoi?

A peine, .i peine je le croi.

GUIDO, la regardant.

0 femmes' la coquetterie Chez vous commence avec la vie!

MINETTE, se regardant toujours.

Oh! oui, c'est bien moi.

Ce doit être moi.

Je n'avais jamais vu mes traits, Et pourtant je les reconnais.

(se tournant vers Guido.) Je SUIS joliC, n'cst-CC pas? GUI no , croisant ses bras.

Elle me demande cela, à moi! (Avec amour.) Charmante!

MiMirn'E.

C'est ce qu'il me semblait. Mais an piemier coup d'oeil on craint de se tromper.

GUlDO, Is regardant.

Il faut convenir que j'ai joliment réussi. Tous ces chEirmeslà, c'est mon ouvrage.

MINETTE, posant le miroir sur la table.

Ah! tant mieux! je t'en remercie. Mais je vous demanderai, Monsieur, pourquoi vous ne m'avez pas faite plus grande?

GUIDO

La ! ce que c'est que l'ambition ! tout à l'heure elle n'était

pas plus haute que ça. (Mettant la main contre terre.) Déjà dCS IdécS

de grandeur !

MINETTE

Non, seulement comme cela. (Se levant sur la pointe des pieds.)

Rien qu'un peu, je t'en prie ; qu'est-ce que cela te coûte?

GUIDO

Je ne peux plus. Ce ne sont pas de ces ouvrages qu'on retouche à volonté.

MINETTE

Ah ! bien ! tu n'es pas complaisant.

Gumo.

Et toi, si tu n'es pas contente, tu es bien difficile.

MINETTE, lui tendant la main en souriant.

Ah! oui, pardon ; je suis une in^M-ate.

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