SCÈNE VI
MINETTR.
Qui m'appelle? C'est mon maître, c'est Guido. (eiic lui tend la
maiu.)
GUIDO
Elle n'a pas oublié mon nom, (prenant sa main.) Ah! je la reconnais ! Dieux! que c'est doux!
M1>ETTE, le regardant.
0 prodige! comme lui je marche, comme lui je parle ; mille sentiments nouveaux arrivent en foule là (Montrant sa tète.) et
puis là... (Mettant la main sur son cœur.) Ciel! qu'cst-Ce que je Sens?
comme il bat. Guido, Guido, qui suis-je donc?
GCIDO, l'admirant.
. Ce qu'il y a de plus joli au monde, une femme, une ATaie femme, du moins je le crois. • ' ■ •■'
MINETTE
Moi, une femme! quel bonheur!
GUIDO
Oui, sans doute. Voilà ce que je demandais tous les jours au ciel. Allons-nous Ôlre heureux ensemble! Tout ce que tu souhaiteras, tout ce qui pourra te plaire... (voyant qu'elle regarde autour d'elle.) Parle, que veux-tu? quelle est la première chose que tu désires?
MINETTE
Un miroir.
GUIDO
Comment! ah! c'est juste. (Allant à la table.) Sen'ons d'abord
mon précieux talisman, (il met le talisman dans le coffre, et va après cela prendre uu petit miroir.)
MINETTE
J'ai tant envie de me connaîtrci Eh bien !.. Air '."Aussitôt que je t aperçois.
GUIDO
Ah ! dans le bonheur de te voir Mon Ame était plongée!
(Il lui présente un miroir.) ^ MINETTE, atec empressement.
Donne donc vite ce miroir.
(Se regardant.) Dieu! que je suis changée !
(Faisant des uiiues,) iVIais c'est éi/al.
332 LA CHATTE .MÉTAMORrHOSÉ£ EN FEMME.
Ce n'est pas mal.
(Arec crainte et regardant derrière.) Mais est-ce moi Que j'aperçoi?
A peine, .i peine je le croi.
GUIDO, la regardant.
0 femmes' la coquetterie Chez vous commence avec la vie!
MINETTE, se regardant toujours.
Oh! oui, c'est bien moi.
Ce doit être moi.
Je n'avais jamais vu mes traits, Et pourtant je les reconnais.
(se tournant vers Guido.) Je SUIS joliC, n'cst-CC pas? GUI no , croisant ses bras.
Elle me demande cela, à moi! (Avec amour.) Charmante!
MiMirn'E.
C'est ce qu'il me semblait. Mais an piemier coup d'oeil on craint de se tromper.
GUlDO, Is regardant.
Il faut convenir que j'ai joliment réussi. Tous ces chEirmeslà, c'est mon ouvrage.
MINETTE, posant le miroir sur la table.
Ah! tant mieux! je t'en remercie. Mais je vous demanderai, Monsieur, pourquoi vous ne m'avez pas faite plus grande?
GUIDO
La ! ce que c'est que l'ambition ! tout à l'heure elle n'était
pas plus haute que ça. (Mettant la main contre terre.) Déjà dCS IdécS
de grandeur !
MINETTE
Non, seulement comme cela. (Se levant sur la pointe des pieds.)
Rien qu'un peu, je t'en prie ; qu'est-ce que cela te coûte?
GUIDO
Je ne peux plus. Ce ne sont pas de ces ouvrages qu'on retouche à volonté.
MINETTE
Ah ! bien ! tu n'es pas complaisant.
Gumo.
Et toi, si tu n'es pas contente, tu es bien difficile.
MINETTE, lui tendant la main en souriant.
Ah! oui, pardon ; je suis une in^M-ate.