SCÈNE Vil
MARIANNE
Ah ! bien oui. (Regardant Minette.) Vous avez maintenant bien d'autres choses à penser. Je l'ai vendue à la femme du gouverneur, une femme très-sensible, qui aime beaucoup les chats.
MINETTE, à part et mangeant.
Me vendre, c'est drôle!
MARIANNE
C'est pour amuser son lils, un jeune homme de dix-huit ans, de la plus belle espérance.
MINETTE, à part.
Et à un jeune homme encore! (eiic boit dans l'assiette.)
GUIDO , lui faisant signe.
Pas comme ça. (a part.) Elle n'a pas encore l'habitude de dîner à table, (a Marianne.) Eli bien! à la bonne heure. Puisque le fils du gouverneur l'a achcttîe, qu il vienne la prendre, (a paît.) s'il peut la reconnaître.
MARIANNE, à elle-même.
Moi qui croyais que ça allait le désoler. Quelle insensibilité! Mais où est donc cette petite Minette? elle qui vient toujours au-devant de moi. (Appelant.) Minette ! Minette !
MINETTE, se levant vivement.
Me voici.
MARIANNE, se retournant.
Qu'est-ce que c'est?
GUIDO, qui la fait rasseoir en lui faisant signe.
Je dis que je la vois d'ici.
MARIANNE
Peut-être dans mon panier à ouvrage.
GUIDO, se remettant à déjeuner. .' Oui, cherche. (Marianne prend sou panier, duquel s'échappe une pelote de coton ; Minette, qui l'aperçoit, quitte la table, court doucement après la pelote, qu'elle dévide presque en entier en jouant avec les autres pelotes de laiuc comme les chats.)
MARIANNE
Eh bien! eh bien! qu'est-ce que c'est que ces manières-là?
GUIDO, se levant.
Allons, voilà bien un autre omlirouillamini.
MARIANNE, arrachant le peloton à Minette.
Voulez-vous bien finir. Mademoiselle?
GUIDO, à Minette.
Ma chère amie!
MINETTE, frappant du pied.
Elle me contrarie toujours; elle me prive de tous mes plaisirs.
GUICO, à Marianne.
C'est vrai aussi ; laisse-la faire.
MARIANNE, montrant ses écheveaux tout mêlés.
Que je la laisse faire ! voyez un peu ; retrouvez donc une paire de bas.
GUIDO
Eh ! que veux-tu que j'aille démêler là-dedans î est-ce que cela me regarde?
MINETTE, qui s'est approchée de la cage, et jouant avec les oiseaux. Ah! que c'est gentil! (eUc renverse la cage qui tombe sur la table.) • ' MARIANNE, criant et allant ramasser la cage.
Miséricorde ! mes serins des Canaries.
MINETTE
Ah bien, c'est ennuyeux! on ne peut pas s'amuser, avec elle.
MARIANNE, avec colère.
Une petite fille de quinze ans, qui n'a pas d'expérience.
MINEITE, la contrefaisant.
Une vieille fille de soixante, qui en a beaucoup trop.
MARIANISE, exaspérée.
Ah! c'est trop fort! .. ^
ENSEMBLE
Ain : Pardon, car je crois vQir. (Fragment du Maçon.)
MARIANNE
C'est à u'y pas tpuir, . . .
A chaque instant nouveau martyr.
De ces lieux il faudra sortir,
C'est à n'y pas tenir ; Et plutôt que de le souffrir,
J'aimerais mieux mourir.
MINETTE
C'est à n'y pas tenir, Et je ne saurais le souH'rir; De ces lieux vous pouvez sortir ;
C'est ;\ n'y pas tenir, Kt plul(M <|ue de le soulfrir,
J'ainijerais mieux mourir.