SCÈNE VIII
pas à ma femme; et si, avec cette figure charmante, vous aviez conservé les goûts et les penchants de votre ancien état... J'ai déjà remarqué tout à l'heure un certain décousu dans vos manières...
MINETTE, pleurant.
11 n'est pas encore content. Eh bien ! je te promets de veiller sur moi , de vaincre le naturel qui te déplaît.
GCIDO, à ses genoux.
Et moi, je te promets, en revanche, de n'aimer que toi; de n'avoi^' désormais d'autre volonté que la tienne, et...
MINETTE, l'oreille au guet.
Chut!
GUI DO
Hein!
MINETTE
N'entends-tu pas du bruit?
OUIDO.
Qu'est-ce que ça fait? (continuant.) Songe donc quel bonheur d'être sans cesse occupés l'un de l'autre.
MINETTK, écoulant.
C'en est une!
GUIDO, de même.
Et quand je te peindrai mon amour, mon émotion , quel plaisir de t'entendre me dire...
MINETTE, g'avançant doucement.
Tais-toi, tais-toi.
GUIUO.
Eh bien! où vas-tu donc?
MINETTE
Bien siir, c'en est uue, entends-tu?
GUIDO
Comment , c'en est une? (Minette s'avance à pas comptés vers l'armoire à gauche; puis s'élance tout à coup comme un chat.) Qu est-CC qUC
c'est? Minette, voulez-vous bien finir?
MINETTE
La ! c'est toi qui lui as fait peur ; elle s'enfuit : c'est insupportable , c'est si i^eiitil !
GL'IDO, de même.
11 n'y a pas moyen, avec elle, d'être en tête-à-tête; on se croit seul , et il y a là du monde dans les armoires. (Haut.) Minette, Minette ! ici, tout do suite.
Air : J'en guette un petit de mon âge. Je ne veux plus de semblable caprice.
MINETTE
Et moi .je veux des soins plus complaisants. A mes désirs je veux qu'on obéisse.
GUIDO
Quoi! Vous voulez!... Est-ce vous que j'entends? Quel changement s'est donc fait en votre âme?
Soumise et pleine de bonté Vous n'aviez pas, hier de volonté.
MINETTE
Oui ; mais aujourd'hui, je suis femme.
GUIDO
Eh bien! c'est là que je vous prends; si vous êtes femme, raison de plus pour ne plus avoir de pareilles distractions; on ne court pas ainsi après les gens , ça n'est pas convenable. Avec des manières comme celles-là , Minette, je ne pourrai jamais vous présenter dans la société; et quand je sortirai, je serai obligé de vous laisser ici en pénitence.
MINETTC.
Eh bien, par exemple! le beau plaisir d"ètre femme , pour être en esclavage; j'aurais donc perdu au change! car autrefois j'étais libre, j'étais ma maîtresse, je pouvais sortir et rentrer sans permission, et j'entends bien qu'il en soit toujours ainsi.
GUIDO
Et que deviendra ma "dignité de maître?
MINETTE
Elle deviendra ce qu'elle pourra. Je défendrai mes dioits ; et pour commencer, je vous déclare. Monsieur, que je veux sortir d'ici à l'instant même.
GUIDO, vÏTemeut.
Et moi, je ne le veux pas. Qu'est-ce que c'est donc que ces
idées de rébellion ! (n la fait passer à droite.)
AiH do la valse de Robin fips Bnis.
A vos vœux je ne puis me rendre.
MINETTE
Je n'ai donc plus... vous le voulea, Qu'un seul parti... je vais le prendre. (Elle va ven la porte.)